{"id":47,"date":"2013-03-12T20:19:38","date_gmt":"2013-03-12T20:19:38","guid":{"rendered":"http:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/?page_id=47"},"modified":"2023-08-25T10:25:07","modified_gmt":"2023-08-25T10:25:07","slug":"la-chanson-du-proscrit","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/?page_id=47","title":{"rendered":"La chanson du proscrit"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab Coggi !\u00a0 Dolce vita,\u00a0 \u00eele des amoureux,<br \/>\nMer turquoise,\u00a0 ravins obscurs et romantiques,<br \/>\nLave durcie,\u00a0 bosquets o\u00f9 murmurent des dieux !\u00bb<br \/>\nMais notre \u00e9poque, h\u00e9las, y joue d\u2019autres musiques :<\/p>\n<p>On y entend les cris des oiseaux mazout\u00e9s<br \/>\nEt des bo\u00eetes du port les pesantes rengaines<br \/>\nEt les pleurs des prostitu\u00e9es ukrainiennes<br \/>\nQuand les cloches du soir avivent les regrets ;<\/p>\n<p>Un <em>Capo<\/em> mafieux de l&#8217;ombre et de la nuit<br \/>\nDirige, \u00e0 ce qu\u2019on dit, ce dr\u00f4le de concert<br \/>\nO\u00f9 les coups les plus bas, tordus et sans merci<br \/>\nCirculent, monnaie ordinaire.<\/p>\n<p>Les gros bras du <em>Capo,<\/em> conducteurs des touristes,<br \/>\nLivrent discr\u00e8tement chez d\u2018\u00e9tranges chimistes<br \/>\nEt pr\u00e9parent, soigneux, le traquenard fatal<br \/>\nQui noiera dans le sang les espoirs d\u2019un rival ;<\/p>\n<p>Puis, observent,\u00a0 narquois, les beaux carabiniers<br \/>\nQu\u2019aiment pour leurs selfies les dames \u00e9trang\u00e8res;<br \/>\nTant que les flics ferment les yeux sur leurs affaires,<br \/>\nC&#8217;est la paix, \u00ab\u00a0<em>tutto va bene<\/em>\u00a0! \u00bb<\/p>\n<p>Guerre ou paix, tout est bon pour \u00ab Dix Tonnes \u00bb qui passe,<br \/>\nC\u2019est le maire-avocat, il les sort de prison,<br \/>\nAussi l\u2019ont-ils hiss\u00e9, non sans mal, \u00e0 sa place<br \/>\nAux derni\u00e8res \u00e9lections.<\/p>\n<p>Depuis toujours Coggi fournit de bons ma\u00e7ons<br \/>\nQui chantent joliment sur les \u00e9chafaudages,<br \/>\nMais les promoteurs,\u00a0 eux,\u00a0 ponctionn\u00e9s mais gloutons,<br \/>\n\u00c9crasent sans fr\u00e9mir les plus beaux paysages :<\/p>\n<p>La garrigue exhalant au soleil sa fragrance,<br \/>\nH\u00e9las, c\u2019est du pass\u00e9 ! Elle est sous le b\u00e9ton ;<br \/>\nPleure, pleure, Coggi, d\u2019autres pertes navrantes :<br \/>\nL\u2019abeille de Virgile et les beaux papillons .<\/p>\n<p>Pourquoi donc les gloutons ont-ils souvent l\u2019air triste ?<br \/>\nIls veulent tous b\u00e2tir avec vue sur les flots,<br \/>\nMais la terre s\u2018\u00e9broue et leurs Grands H\u00f4tels glissent&#8230;<br \/>\nLes poissons m\u00e9dus\u00e9s voient passer les morceaux ;<\/p>\n<p>L\u00e0-dessus des plongeurs fouillent dans les calanques,<br \/>\nTrouvent des faits troublants dans le b\u00e9ton inscrits,<br \/>\n\u2014 Premier sauve-qui-peut ! \u2014 d\u00e9barquent dans leurs banques,<br \/>\nPuis\u00a0\u00ab Malheur de malheur !\u00bb\u00a0 ils ont un repenti !<\/p>\n<p>Oui, un esprit nouveau gagne de la puissance ;<br \/>\nL<em>\u2019omert\u00e0<\/em> de jadis n\u2019a plus toutes ses dents ;<br \/>\nLes mafieux, honnis pour tant de violences,<br \/>\nSentent gronder contre eux la force d\u2019un volcan .<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">LA CHANSON DU PROSCRIT : L\u2019 EXIL<\/span><\/p>\n<p>Chaque automne \u00e0 Coggi, on voit sur les collines<br \/>\nDes flammes s\u2018\u00e9lever des buissons rabougris ;<br \/>\nPersonne ne s\u2018\u00e9meut, c\u2019est l&#8217;ancienne routine,<br \/>\nEt cependant chacun a l\u2019oeil sur les br\u00fblis ;<\/p>\n<p>La mouvante lueur est fascinante et triste,<br \/>\nJe ne sais que penser de ce feu rituel<br \/>\nQue vitup\u00e8rent mes confr\u00e8res botanistes<br \/>\nEt sans doute pa\u00efen et sacrificiel ;<\/p>\n<p>Ce soir-l\u00e0 nous \u00e9tions quatre ou cinq insulaires ;<br \/>\nNous parlions du coteau devant nous rougeoyant ;<br \/>\nEn r\u00e9ponse \u00e0 quelqu\u2019un je dis de cette terre :<br \/>\n\u00ab Elle est depuis toujours laiss\u00e9e aux pauvres gens. \u00bb<\/p>\n<p>Que n\u2019avais-je pas dit ? Apr\u00e8s un long silence<br \/>\nO\u00f9 un vent froid nous fit frissonner dans le noir,<br \/>\nUn quidam ricana, disant que ma science<br \/>\nAvait pour seul d\u00e9faut un si\u00e8cle de retard .<\/p>\n<p>\u00ab Les pauvres,\u00bb nous dit-il, \u00ab aujourd\u2019hui secourus,<br \/>\nN\u2019ont plus ch\u00e8vre ni bouc sur ce sol infertile,<br \/>\nC\u2019est pourquoi ce coteau inutile et pentu<br \/>\nSera b\u00e2ti demain pour le bien de notre \u00eele.\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi un des nervi m\u2019annon\u00e7a leur victoire,<br \/>\nMais je maintins ma position, sachant le droit ;<br \/>\nAlors au Carnaval surgit leur magie noire :<br \/>\n<em>Je fus br\u00fbl\u00e9 en effigie devant chez moi !<\/em><\/p>\n<p>La nuit o\u00f9 se tordit le mannequin grotesque<br \/>\nAu nez d\u00e9mesur\u00e9 sur un corps de nabot,<br \/>\nLes coups secs, les lazzis, les cris carnavalesques<br \/>\nVinrent frapper ma porte et casser mes carreaux ;<\/p>\n<p>Il s\u2019en fallut de peu qu\u2019un sombre personnage<br \/>\n\u2014 Par chance il titubait \u2014 ne saisit un tison<br \/>\nEt ne le jet\u00e2t dans mon herbier \u00e0 l\u2018\u00e9tage ;<br \/>\nSi mes plantes br\u00fblaient, j\u2019en perdrais la raison !<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Je voyais mal pourquoi le Capo, cet inf\u00e2me,<br \/>\nM\u2019intimidait, lui, habitu\u00e9 \u00e0 s\u00e9vir,<br \/>\nMais je compris bient\u00f4t : car il paya des femmes<br \/>\nPour salir mon honneur et me faire bannir.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors\u00a0je gal\u00e9rai parmi des mis\u00e9rables,<br \/>\nApr\u00e8s m\u2018\u00eatre \u00e9chou\u00e9 dans un port du Levant,<br \/>\nEt je me mis \u00e0 boire, au point que mes semblables<br \/>\nVirent en moi un pauvre aigri, inqui\u00e9tant ;<\/p>\n<p>Un soir, prenant le frais, je me sentis malade :<br \/>\nJ\u2019entendais des bruits secs d\u2019objets entrechoqu\u00e9s ;<br \/>\nEt soudain je revis l\u2019affreuse mascarade<br \/>\nQui plongeait dans le feu le pantin que j\u2018\u00e9tais !<\/p>\n<p>Puis, lorsque j\u2018\u00e9crivis aux grands journaux romains<br \/>\nPour d\u00e9tailler et d\u00e9noncer les violences<br \/>\nDes crimes mafieux et la loi du silence,<br \/>\nMa lettre fut tronqu\u00e9e : je n\u2019arrivai \u00e0 rien .<\/p>\n<p>Des gens me demandaient \u2014 et se voulaient aimables :<br \/>\n\u00ab Votre ancienne grandeur, vos antiques vertus<br \/>\nOnt-elles d\u00e9clin\u00e9 avec la fleur des sables,<br \/>\nL\u2019embl\u00e8me de Coggi aujourd\u2019hui disparu ? \u00bb<\/p>\n<p>Tandis que je sombrais dans la d\u00e9sesp\u00e9rance ,<br \/>\nA Coggi, une amie, mon ange, ma beaut\u00e9,<br \/>\nContre vents et mar\u00e9es crut \u00e0 mon innocence<br \/>\nEt arracha la r\u00e9vision de mon proc\u00e8s.<\/p>\n<p>Ensemble nous pourrions revoir notre venelle,<br \/>\nL\u2018\u00e9glise, le vieux port, la mer, la citadelle,<br \/>\nMais pour <em>Cosa Nostra<\/em> je dois rester au loin,<br \/>\nSinon ils m\u2019abattront dans la rue comme un chien.<\/p>\n<p>\u00ab Partir, partir alors ! et oublier Coggi !<br \/>\nN\u2019as-tu pas comme moi une grande fringale<br \/>\nD\u2019espace et de grand air et de nouvelle vie<br \/>\nSous un ciel piquet\u00e9 de nouvelles \u00e9toiles ?<\/p>\n<p>Mais non ! ayant choisi une terre lointaine,<br \/>\nNous serions, toi et moi, en proie \u00e0 nos d\u00e9mons,<br \/>\nRien ne remplacerait notre \u00eele italienne<br \/>\nEt bient\u00f4t pour ma part, je toucherais le fond.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">LE RETOUR AU PAYS<\/span><\/p>\n<p>La fleur est de retour ! La fleur embl\u00e9matique<br \/>\nCh\u00e8re au c\u0153ur de Coggi ! On la croyait perdue !<br \/>\nCes jours-ci un marin dit qu\u2019il l\u2019a reconnue<br \/>\nEt son rare parfum embaumait une crique !<\/p>\n<p>Cette blanche beaut\u00e9 que le printemps apporte<br \/>\nSous un \u00e0-pic ombreux et battu par la mer<br \/>\nNe peut faire oublier, h\u00e9las, les plantes mortes<br \/>\nSous les assauts des bulldozers ;<\/p>\n<p>Ne peut faire oublier non plus sa longue absence ;<br \/>\n\u00c9tait-elle endormie ? f\u00e2ch\u00e9e ? ou retenue ?<br \/>\nMais pour tous ce retour est une renaissance,<br \/>\nC\u2019est un gage d\u2019espoir qu\u2019elle soit revenue !<\/p>\n<p>Il a fallu vingt ans pour que, nouvel Ulysse ,<br \/>\nElle revienne \u00e0 son Ithaque sagement ;<br \/>\nLe h\u00e9ros ach\u00e9en exp\u00e9dia la justice ;<br \/>\nCoggi de plus en plus r\u00eave d\u2019en faire autant !<\/p>\n<p>Il est d\u2019autres questions que pose la merveille ,<br \/>\nL\u2018\u00e9nigmatique miracul\u00e9e de Coggi :<br \/>\n\u00ab Y a t il jamais eu r\u00e9surgence pareille ?<br \/>\nEt ce beau renouveau n\u2019est-il pas en p\u00e9ril ? \u00bb<\/p>\n<p>Dans leurs caf\u00e9s les vieux p\u00eacheurs hochent la t\u00eate :<br \/>\nIls l\u2019ont vue qui dansait dans des souffles l\u00e9gers,<br \/>\n\u00ab Je donnerais ma main,\u00bb dit l\u2019un, \u00ab pour la pauvrette<br \/>\nEntre falaise et flots, cern\u00e9e par les dangers.\u00bb<\/p>\n<p>Coggi se r\u00e9jouit d\u00e9j\u00e0 de la saison :<br \/>\nLes visiteurs, petits et grands, affluent ;<br \/>\nDu coup, les mafieux clament leur passion<br \/>\nPour la charmante fleur que l\u2019on croyait perdue !<\/p>\n<p>Et les \u00e9lus aussi ont pens\u00e9 au service<br \/>\nQue pourraient rendre \u00e0 leur tr\u00e9sor<br \/>\nLes connaisseurs des lieux, bergers et botanistes ;<br \/>\nLe chef des mafieux a donn\u00e9 son accord ;<\/p>\n<p>Il a sign\u00e9 \u00e0 part, sous le mot \u00ab graci\u00e9, \u00bb<br \/>\nQuoi ? Se figure t il, l\u2019odieux personnage,<br \/>\nQu\u2019il aura droit \u00e0 nos \u00ab merci, \u00e0 notre\u00a0\u00ab hommage ?\u00bb<br \/>\nNon non, ni toi ni moi ne va s\u2019humilier !<\/p>\n<p>Le bruit court \u00e0 Coggi \u2014cela para\u00eet plausible \u2014<br \/>\nQue nous serons chass\u00e9s si la fleur d\u00e9p\u00e9rit ;<br \/>\nEh bien,\u00a0 confions-nous au Dieu de l\u2019impossible<br \/>\nNous lui devons d\u00e9j\u00e0 le retour au pays .<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p>Demain, grand jour de la semaine,<br \/>\nNous rentrerons dans le vieux port ;<br \/>\nPeut-\u00eatre y noierons-nous nos peines ?<br \/>\nMain dans la main nous serons forts ;<\/p>\n<p>\u00d4 notre joie ! notre liesse !<br \/>\nAvec nos cousins et amis<br \/>\nQui, au temps de notre d\u00e9tresse,<br \/>\nOnt eu leur part de nos soucis ;<\/p>\n<p>Pas de f\u00eate sans que l\u2019on chante<br \/>\nEt qu\u2019on partage un bon repas ;<br \/>\nD\u2019ici \u00e0 la soir\u00e9e dansante<br \/>\nIl n\u2019y aura gu\u00e8re qu\u2019un pas .<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons plus qu\u2019une grand m\u00e8re<br \/>\nBon pied bon \u0153il, trotte-menu,<br \/>\nElle aussi l\u00e8vera son verre<br \/>\nA la fleur qu\u2019on croyait perdue ;<\/p>\n<p>Et le vin que nous allons boire,<br \/>\nN\u2019est pas d\u2019un c\u00e9page banal,<br \/>\nIl fut plant\u00e9 \u00e0 la victoire<br \/>\nSur la dictature et le mal !<\/p>\n<p>Enfin nous irons voir la Belle<br \/>\nQue nous cueillions, \u00e9tant enfants,<br \/>\n( Nous \u00e9tions si insouciants !)<br \/>\nEn dessous de la citadelle,<br \/>\nPieds nus sur les rochers br\u00fblants .<\/p>\n<p>+\u00b0+\u00b0+\u00b0+\u00b0+\u00b0+\u00b0+\u00b0+\u00b0+\u00b0+\u00b0+\u00b0+\u00b0+\u00b0+\u00b0+\u00b0+\u00b0+<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Coggi !\u00a0 Dolce vita,\u00a0 \u00eele des amoureux, Mer turquoise,\u00a0 ravins obscurs et romantiques, Lave durcie,\u00a0 bosquets o\u00f9 murmurent des dieux !\u00bb Mais notre \u00e9poque, h\u00e9las, y joue d\u2019autres musiques : On y entend les cris des oiseaux mazout\u00e9s Et des bo\u00eetes du port les pesantes rengaines Et les pleurs des prostitu\u00e9es ukrainiennes Quand les &hellip; <a href=\"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/?page_id=47\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">La chanson du proscrit<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-47","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/47","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=47"}],"version-history":[{"count":19,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/47\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3091,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/47\/revisions\/3091"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=47"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}