{"id":2608,"date":"2021-10-27T14:50:42","date_gmt":"2021-10-27T14:50:42","guid":{"rendered":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/?page_id=2608"},"modified":"2022-06-17T10:26:24","modified_gmt":"2022-06-17T10:26:24","slug":"central-park","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/?page_id=2608","title":{"rendered":"Central Park"},"content":{"rendered":"<p>Je connais Central Park, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 New Yorkais ;<br \/>\nJ&#8217;ai connu moi aussi les journ\u00e9es \u00e9touffantes,<br \/>\nL&#8217;asphalte ramolli, le soleil sans piti\u00e9,<br \/>\nLes tenues all\u00e9g\u00e9es et les extravagantes,<br \/>\nLa Cinqui\u00e8me Avenue brillant de tous ses feux,<br \/>\nLes gratte-ciels se profilant sur le ciel bleu,<br \/>\nLes fontaines des rues \u00e0 l&#8217;eau fra\u00eeche et l\u00e9g\u00e8re,<br \/>\nOn ne perd pas de temps, vite on se d\u00e9salt\u00e8re ,<br \/>\nLes vitrines, les gens, la banni\u00e8re \u00e9toil\u00e9e,<br \/>\nLes bus et les taxis dans l&#8217; humaine mar\u00e9e,<br \/>\nLes robes \u00e9chancr\u00e9es et les maillots de sport ,<br \/>\nLa clim des magasins et l&#8217;\u00e9touffoir dehors ;<br \/>\nLe planton en livr\u00e9e sous le dais d&#8217;un h\u00f4tel<br \/>\nQui vous regarde en coin en regardant le ciel ;<br \/>\nLe promeneur de chiens menant son attelage<br \/>\nDe grands et de petits, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, bien sages,<br \/>\nLes plaques des chauss\u00e9es d&#8217;o\u00f9 la vapeur s&#8217;\u00e9l\u00e8ve<br \/>\nComme si un volcan ajoutait \u00e0 la fi\u00e8vre ;<br \/>\nLes pompiers qu&#8217;on entend dans une rue lointaine<br \/>\nQui , &#8212; allons-y les gars ! &#8212; actionnent leur sir\u00e8ne,<br \/>\nEt la surprise que le Parc nous r\u00e9servait :<br \/>\nLes cal\u00e8ches r\u00e9tro, luisantes, pomponn\u00e9es ,<br \/>\nEt des chevaux encor, noirs, ceux des policiers ,<br \/>\nL&#8217;odeur du crottin frais au pays de l&#8217; Auto,<br \/>\nEt les fouets, perchoirs appr\u00e9ci\u00e9s des moineaux ;<br \/>\nAlors que les cochers causent sous les ombrages<br \/>\nLeurs chevaux dans la rue n&#8217;ont pas tant d&#8217;avantages ,<br \/>\nLes naseaux dans un sac, entre deux petits sommes ,<br \/>\nIls paraissent m\u00e2cher tout le jour leur chewing-gum .<\/p>\n<p>Quelque chose est dans l&#8217;air ;<br \/>\nah , bien s\u00fbr ! c&#8217;est dimanche,<br \/>\nLes enfants ont fini de jouer aux Comanches,<br \/>\nEt ils savent fort bien qu&#8217;ils ont droit aujourd&#8217;hui<br \/>\nA ce qu&#8217;ils ont nomm\u00e9 : balade au paradis ;<br \/>\nOn les m\u00e8ne au zoo o\u00f9 la foule d\u00e9ferle<br \/>\nEt se fait rafra\u00eechir par les jets d&#8217;eau en perles,<br \/>\nC&#8217;est l\u00e0 que l &#8216;otarie, \u00e0 l&#8217;heure du poisson,<br \/>\nSe tape sur le ventre avec son aileron,<br \/>\nQue les singes repus vous renvoient illico<br \/>\nLe pain, m\u00eame fran\u00e7ais, les bagels, les g\u00e2teaux ;<br \/>\nLe petit maladroit dont le ballon s&#8217;envole,<br \/>\nQu&#8217;un marchand de ballons compatissant console ;<br \/>\nEt puis, un peu plus loin, tous les marchands de glaces<br \/>\nPresque aussi entour\u00e9s que le lama qui crache,<br \/>\nLa foule de l&#8217;\u00e9t\u00e9 qui se meut lentement<br \/>\nEt parle aux animaux affal\u00e9s sur le flanc .<br \/>\n+\u00b0+\u00b0+\u00b0+\u00b0<\/p>\n<p>Sur des routes barr\u00e9es par de grands panonceaux<br \/>\nOn voit des tout petits zigzagant \u00e0 v\u00e9lo,<br \/>\nAvec, veillant sur eux dans la l\u00e9g\u00e8re pente,<br \/>\nLeurs mamies pr\u00e8s de l\u00e0, pr\u00e9sence souriante,<br \/>\nDes amis des oiseaux f\u00e9rus d\u2019\u00e9cologie,<br \/>\nDes athl\u00e8tes passant de la gym au frisbee,<br \/>\nDes gens press\u00e9s, frais \u00e9moulus d\u2019un symposium,<br \/>\nQui ont trois jours pour explorer la Grosse Pomme,<br \/>\nDes experts en fus\u00e9es discutant de chimie ,<br \/>\nEt proph\u00e9tiquement quelques v\u00e9los-taxis<br \/>\nQui annoncent d\u00e9j\u00e0 : \u201cLe p\u00e9trole est fini !\u201d<\/p>\n<p>Un cycliste \u00e0 gibus, suant dans son maillot,<br \/>\nSalue un Oncle Sam, v\u00eatu d\u2019un grand drapeau,<br \/>\nSalue les amoureux transis qui, \u00e0 voix basse,<br \/>\nSe racontent leurs vies et bient\u00f4t se rembrassent ;<br \/>\nD\u00e9ballant leur saxo avec leur pique-nique,<br \/>\nDes amateurs venus nous offrir leur musique ;<br \/>\nPlus loin des chanteurs noirs lan\u00e7ant des vocalises,<br \/>\n&#8211;Mais un merle jaloux avec eux rivalise;&#8211;<br \/>\nApr\u00e8s un temps d&#8217;arr\u00eat devant des trompettistes<br \/>\nPassant du New Orleans (1) au jazz avant-gardiste ,<br \/>\nOn aper\u00e7oit bient\u00f4t en bordure d\u2019un champ<br \/>\nDes filles, des gar\u00e7ons v\u00eatus de longs rubans<br \/>\nBariol\u00e9s, et mimant le r\u00e9cit \u00e9ternel<br \/>\nD\u2019un jeune r\u00e9volt\u00e9 au logis paternel<br \/>\nR\u00e9clamant haut et fort sa portion d\u2019h\u00e9ritage<br \/>\nQu\u2019il dissipe bient\u00f4t dans son vagabondage ;<br \/>\nEt plus tard, affam\u00e9 et devenu porcher<br \/>\nIl dispute aux pourceaux de quoi se sustenter ;<br \/>\nSon \u00e2me peu \u00e0 peu rena\u00eet \u00e0 la lumi\u00e8re,<br \/>\nSon p\u00e8re est plein de joie, son a\u00een\u00e9 en col\u00e8re.<br \/>\n(La mise en sc\u00e8ne ici parvient \u00e0 rendre dr\u00f4le<br \/>\nDes faits et gestes qui, d\u2019autres fois, nous d\u00e9solent :<br \/>\nLe h\u00e9ros et ses courtisans des temps prosp\u00e8res<br \/>\nOnt brusquement un groin et en fouillent la terre ;<br \/>\nSur ce, notre affam\u00e9, frappant ses compagnons,<br \/>\nSe jette goulument sur des gousses inf\u00e2mes<br \/>\nQui lui donnent bient\u00f4t un affreux vague \u00e0 l\u2019\u00e2me \u2013<br \/>\nD\u2019o\u00f9 chez le spectateur rire et r\u00e9flexion.)<\/p>\n<p>(Ici Woody Allen me dit, hochant la t\u00eate,<br \/>\n\u201cEh, Frenchie, tu n\u2019as vu dans ce parc que la f\u00eate\u201d .<br \/>\n\u201cSans doute, cher Woody , \u00e9tait-ce un jour de gr\u00e2ce ?<br \/>\nEt j\u2019ai cru bon, vois-tu, d\u2019en garder quelques traces\u201d .)<\/p>\n<p>Je voudrais terminer sur des faits qui m\u2019\u00e9tonnent :<br \/>\nDans cette \u00eele o\u00f9 les prix des terrains sont \u00e9normes,<br \/>\nHonneur aux citoyens qui ont con\u00e7u si grand (2)<br \/>\nAu temps o\u00f9 Manhattan avait encor des champs !<br \/>\nHonneur aussi au Comit\u00e9 des Bienfaiteurs<br \/>\nDont les point d\u2019eau calment la soif des promeneurs ;<br \/>\nAu lieu de tout garder de leurs gains en affaires<br \/>\nIls ont chang\u00e9 leur or en boisson pour leurs fr\u00e8res ;<br \/>\nAinsi leur souvenir est partout bien vivant ;<br \/>\nJe pense \u00e0 eux parfois en me d\u00e9salt\u00e9rant !<\/p>\n<p>Fin de la 1\u00e8re partie<\/p>\n<p>SECONDE PARTIE : LA TOMBEE DE LA NUIT<\/p>\n<p>La magie de ce parc, h\u00e9las, d\u00e9cro\u00eet beaucoup<br \/>\nQuand le soleil se rend \u00e0 d\u2019autres rendez-vous ;<br \/>\nA l\u2019heure o\u00f9 un vent frais fait fr\u00e9mir les feuillages<br \/>\nSurgissent des sous-bois d\u2019inqui\u00e9tants personnages,<br \/>\nComme si revivaient, fant\u00f4mes effrayants ,<br \/>\nLes hors-la-loi de l\u2019Ouest, hirsutes et m\u00e9chants ;<br \/>\nAlors le New Yorkais se souvient tout \u00e0 coup<br \/>\nDe l\u2019\u00e9mission d\u2019hier soir \u201cLa Grosse Pomme et vous \u201c<br \/>\nQui lui a montr\u00e9 mort un paum\u00e9 ( un po\u00e8te ?)<br \/>\nSous la lune yankee,(3) h\u00e9las, rest\u00e9e muette ;<br \/>\n(Sur de tels faits on lit statistiques et chiffres<br \/>\nDont les honn\u00eates gens horrifi\u00e9s s\u2019empiffrent.)<br \/>\nLes policiers voient bien s\u2019\u00e9clipser les badauds<br \/>\nMais doivent leur rapport au grand chef Corvino<br \/>\nPr\u00e8s de qui se blottit son c\u00e9l\u00e8bre pitboul ;<br \/>\nIl tremble, le limier, il a la chair de poule !<br \/>\nNotre ami se m\u00e9fie de ces flics qui discutent ,<br \/>\nVont-ils laisser filer la criminelle brute ?<br \/>\n\u201cCorvino\u201d, se dit-il, \u201cAh! Quel vieux cabotin !<br \/>\nCe n\u2019est qu\u2019\u00e0 la t\u00e9l\u00e9 qu\u2019il coince l\u2019assassin !\u201d<br \/>\nL\u00e0-dessus notre ami se joint \u00e0 des joggeurs<br \/>\nDont l\u2019\u00e9trange parcours lui cause des frayeurs ;<br \/>\nLorsque des cris per\u00e7ants s\u2019\u00e9l\u00e8vent d\u2019un fourr\u00e9,<br \/>\nSeul un Samaritain ose s\u2019en approcher.<br \/>\nNotre sportif plus tard dira \u00e0 sa tr\u00e8s ch\u00e8re :<br \/>\n\u201cDans ce grand parc o\u00f9 hier tu r\u00e9pondis : \u201cO.K.<br \/>\nQuand mon coeur enflamm\u00e9 te dit qu\u2019il t\u2019adorait,<br \/>\nNous n\u2019irons plus au bois sans un bon revolver.\u201d<\/p>\n<p>Conseil d\u2019un New Yorkais \u00e0 un ami fran\u00e7ais :<\/p>\n<p>\u00ab Un conseil, cher Frenchie : si, par inadvertance,<br \/>\nTu te trouvais un soir dans le Parc sans d\u00e9fense,<br \/>\nConserve ton sang-froid ! R\u00e9fl\u00e9chis ; d\u00e9fie-toi<br \/>\nDes sentiers enj\u00f4leurs qui t&#8217;appellent tout bas ;<br \/>\nIl te faut retrouver le chemin du zoo ,<br \/>\nC&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;est le salut ! Vas-y ! pique un galop !<br \/>\nLe tigre, pour la nuit, dispose d&#8217;une hutte,<br \/>\nTu l&#8217;as vue ? Glisse t-y, pousse tous les loquets ;<br \/>\nTe voil\u00e0 \u00e0 l&#8217;abri des brutes,<br \/>\nBeaucoup plus en s\u00e9curit\u00e9 !<\/p>\n<p>++++++++<br \/>\nReconnaissance d\u2019une dette : les dix derniers vers ( Conseil d\u2019un New Yorkais \u2026) s&#8217;inspirent de tr\u00e8s pr\u00e8s d&#8217;un po\u00e8me d&#8217;Ogden Nash, humoriste new yorkais. ( 1902-1971 ) Merci Ogden.<\/p>\n<p>(1)\u201dNew Orleans\u201d , prononc\u00e9 \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine: New Orlinns , (3 syllabes ),<\/p>\n<p>(2) Central Park : 341 hectares<\/p>\n<p>3) La lune n\u2019est-elle pas un peu yankee depuis que l\u2019astronaute Neil Armstrong , de la mission Apollo 11, y planta la banni\u00e8re \u00e9toil\u00e9e en 1969 ? .<\/p>\n<p>Sur Central Park, article tr\u00e8s document\u00e9 dans Wikipedia.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je connais Central Park, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 New Yorkais ; J&#8217;ai connu moi aussi les journ\u00e9es \u00e9touffantes, L&#8217;asphalte ramolli, le soleil sans piti\u00e9, Les tenues all\u00e9g\u00e9es et les extravagantes, La Cinqui\u00e8me Avenue brillant de tous ses feux, Les gratte-ciels se profilant sur le ciel bleu, Les fontaines des rues \u00e0 l&#8217;eau fra\u00eeche et l\u00e9g\u00e8re, On ne &hellip; <a href=\"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/?page_id=2608\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Central Park<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-2608","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2608","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2608"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2608\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2764,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2608\/revisions\/2764"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2608"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}