{"id":2356,"date":"2021-05-20T18:18:16","date_gmt":"2021-05-20T18:18:16","guid":{"rendered":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/?page_id=2356"},"modified":"2022-06-17T13:28:57","modified_gmt":"2022-06-17T13:28:57","slug":"keep-smiling","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/?page_id=2356","title":{"rendered":"Keep smiling !"},"content":{"rendered":"<p>(<em>La narratrice belge revisite Arlon o\u00f9 elle a v\u00e9cu adolescente\u00a0 au temps de<\/em> <em>l&#8217;Occupation )<\/em><\/p>\n<p>&#8220;Septembre 1994<br \/>\nArriv\u00e9e dans cette ville, mythique pour moi ; je ne reconnais presque plus rien. Ma \u00ab recherche du temps perdu \u00bb aurait d\u00fb se poursuivre dans ma t\u00eate.<br \/>\nDans mes insomnies, pour trouver un certain apaisement et parvenir enfin \u00e0 me rendormir, je recherche souvent la chambre que j\u2019occupais lorsque j\u2019avais une dizaine d\u2019ann\u00e9es, mon coin, le mur contre lequel je m\u2019appuyais, couch\u00e9e sur le c\u00f4t\u00e9 droit le plus souvent, les hautes fen\u00eatres sur le c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9. Je la revois, cette chambre, la \u201cnursery\u201d, comme l\u2019avait baptis\u00e9e ma m\u00e8re, amoureuse de l\u2019Angleterre, des mani\u00e8res anglaises, de l\u2019\u00e9ducation anglaise (1) ; il y avait une grande table au milieu de la pi\u00e8ce, entour\u00e9e de solides chaises et de deux fauteuils peints en blanc; c\u2019est l\u00e0 que nous pouvions dessiner ou faire des parties endiabl\u00e9es de Monopoly. Deux hautes fen\u00eatres donnant sur le petit Parc et son kiosque \u00e9clairaient la pi\u00e8ce. Dans les coins oppos\u00e9s, se faisaient face le petit lit laqu\u00e9 blanc de ma soeur et mon grand lit. Entre nous, une penderie masquait la double porte donnant sur le fumoir. Il y avait encore deux meubles entourant une chemin\u00e9e, pour y ranger nos jouets. Sur un mur \u00e9tait \u00e9pingl\u00e9e une grande carte de l\u2019Europe et de l\u2019Afrique du Nord. C\u2019\u00e9tait une carte importante \u00e0 nos yeux car une s\u00e9rie de petits drapeaux permettaient de suivre les progr\u00e8s des Alli\u00e9s pendant la guerre 39-45. Je me souviens comme si c\u2019\u00e9tait hier de mon p\u00e8re arrivant dans la nursery pour annoncer le d\u00e9barquement en Afrique du Nord : comme il \u00e9tait heureux ! Il faut savoir que, pendant ces ann\u00e9es de guerre, nous l\u2019avons toujours vu soucieux, inquiet, secret \u2014 jusqu\u2019au jour o\u00f9 nous avons mieux compris les dangers qu\u2019il courait : t\u00f4t, un matin, un branle-bas dans la maison nous a r\u00e9veill\u00e9s, nous, les trois enfants ; notre m\u00e8re est venue nous faire signe de faire le moins de bruit possible. Par le trou de la serrure de la chambre de mon fr\u00e8re qui \u00e9tait contigu\u00eb \u00e0 la n\u00f4tre, nous avions le couloir entier dans le champ de vision : notre p\u00e8re, assis sur une chaise, la\u00e7ait ses chaussures, un feldgendarme allemand \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui ; un autre surveillait un peu plus loin. Ah, il me semble encore entendre le bruit de cette plaque de m\u00e9tal port\u00e9e par ces gendarmes \u201cboches\u201d sur la poitrine. Notre p\u00e8re, tr\u00e8s grave, a ensuite descendu les escaliers, la porte s\u2019est referm\u00e9e s\u00e8chement et nous, les enfants, nous nous sommes pr\u00e9cipit\u00e9s \u00e0 la fen\u00eatre pour le voir s\u2019\u00e9loigner vers la Kommandantur encadr\u00e9 par les soldats. L\u2019atmosph\u00e8re \u00e9tait lourde \u00e0 la maison : le veilleur de nuit de la banque (que nous appelions affectueusement \u201cle Vieux Joseph\u201d) est venu imm\u00e9diatement et s\u2019est enferm\u00e9 dans le fumoir ; nous avons su plus tard qu\u2019il devait alors subtiliser ou cacher les papiers de la R\u00e9sistance qui \u00e0 coup s\u00fbr, auraient valu les camps de concentration \u00e0 notre p\u00e8re. Quelques jours plus tard, ma m\u00e8re me demanda de l\u2019accompagner pour rendre visite, ainsi que d\u2019autres femmes, \u00e0 leurs prisonniers. Ils \u00e9taient plusieurs otages, emprisonn\u00e9s sans doute apr\u00e8s une action de la R\u00e9sistance dans la r\u00e9gion.<br \/>\nQuel choc de voir son p\u00e8re, mal ras\u00e9, sans cravate, les chaussures sans lacets et souriant malgr\u00e9 l\u2019angoisse, heureux de nous voir. Et ma m\u00e8re lui glissait les nouvelles de la radio de Londres, alors que la sentinelle tournait dans la petite pi\u00e8ce o\u00f9 nous profitions de ces quelques instants de retrouvailles. Dix minutes plus tard, nous nous retrouvions seules, ma m\u00e8re et moi, d\u00e9sempar\u00e9es, sur le trottoir qui longeait le b\u00e2timent o\u00f9 \u00e9taient retenus les otages.<br \/>\nMon p\u00e8re avait pu nous dire qu\u2019il avait r\u00e9ussi \u00e0 avaler un papier compromettant avant la fouille. \u00b6Je me retrouve dans le square Albert 1er, le petit parc situ\u00e9 devant la maison et la banque. Il fait une apr\u00e8s-midi pleine de soleil, de bruits, de jeux d\u2019enfants, de voitures qui passent en contre-bas, dans la rue Joseph Netzer. Il y avait ici de grands vieux marronniers tr\u00e8s majestueux, tr\u00e8s droits et raides qui donnaient beaucoup d\u2019ombre dans les pi\u00e8ces de devant ; ils ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des \u00e9rables, des buissons, des parterres de fleurs, des jeux pour les enfants. Il n\u2019y a plus de kiosque, et la statue du Roi-Chevalier se trouve \u00e0 pr\u00e9sent non loin de l\u2019\u00e9glise St Martin. Quand nous \u00e9tions enfants pendant la guerre, nous observions souvent les rues, des fen\u00eatres de la nursery. On y voyait passer nos institutrices, en particulier Mme N., tr\u00e8s petite, juch\u00e9e sur de hauts talons de bois qui claquaient sur le trottoir ; nous attendions qu\u2019elle nous ait d\u00e9pass\u00e9s pour \u00e9clater de rire en observant le rythme gauche droite, droite gauche de ses fesses haut perch\u00e9es\u2026 Deux autres personnages nous effrayaient quelque peu : le bonhomme-qui-ne-mangeait-pas-ses-cro\u00fbtes et la vieille Louise ; le premier n\u2019avait plus de jambes, install\u00e9 dans une sorte de charriot bas, il balan\u00e7ait des bouts de bois sur lesquels il s\u2019appuyait pour avancer. Quant \u00e0 la vieille Louise, qui ne nous voyait m\u00eame pas, abrit\u00e9e \u00e9t\u00e9 comme hiver sous un couvre-chef \u00e9norme et noir, elle marmonnait sans cesse et gesticulait ; nous croyions voir la sorci\u00e8re qui avait enferm\u00e9 Hansel et Gretel et nous fuyions \u00e0 toutes jambes. J\u2019aimais aussi observer, le soir, en hiver, quand la nuit tombait accompagn\u00e9e d\u2019une l\u00e9g\u00e8re brume, l\u2019allumeur des r\u00e9verb\u00e8res qui circulait de bec de gaz en bec de gaz pour \u00e9clairer faiblement notre rue.<br \/>\nJe ne me souviens pas s\u2019il circulait aussi pendant les ann\u00e9es de guerre, alors qu\u2019il nous fallait tenir toutes les fen\u00eatres occult\u00e9es de rideaux bleu nuit \u00e0 l\u2019heure du couvre-feu, sous peine d\u2019un rappel \u00e0 l\u2019ordre d\u2019un soldat allemand en col\u00e8re.<br \/>\nAujourd\u2019hui, les grilles qui prot\u00e8gent toutes les fen\u00eatres du rez-de-chauss\u00e9e de la maison et du Comptoir d\u2019Escompte sont peintes en blanc, ainsi que le balcon au milieu de la fa\u00e7ade ; ce balcon qui nous a souvent vu faire des b\u00eatises : dans la p\u00e9nombre, nous laissions glisser une pi\u00e8ce trou\u00e9e de 25 centimes, attach\u00e9e \u00e0 un fil, et nous la faisions tinter sur le sol au passage d\u2019un pi\u00e9ton attard\u00e9. Immanquablement, celui-ci se baissait et cherchait, inquiet, ce qu\u2019il croyait avoir perdu, avant de s\u2019en aller, furieux, parce qu\u2019il entendait les fous rires des trois garnements sur le balcon. Cette maison que je regarde avec une certaine tendresse aujourd\u2019hui, me rappelle aussi les parties d\u2019escalade sur ses toits : descendus de la petite fen\u00eatre d\u2019un bureau o\u00f9 j\u2019\u00e9tais cens\u00e9e apprendre mes le\u00e7ons, nous atterrissions sur le toit en pente et, ni vus ni connus, nous progressions alors sur la toiture de la Banque jusqu\u2019\u00e0 la balustrade d\u2019o\u00f9 nous nous penchions pour observer la rue. Et nous reprenions le m\u00eame chemin, silencieusement, pour rentrer dans la maison. Vingt ans plus tard, nous \u00e9changions ces souvenirs devant nos parents \u00e9bahis, qui faisaient peut-\u00eatre semblant de trembler de peur r\u00e9trospectivement.<\/p>\n<p>12 oct. 1994<br \/>\nCe matin, une petite visite au mus\u00e9e des collections gallo-romaines d\u2019Arlon, suivie d\u2019une promenade sur les sites des thermes romains et de la source de la Semois. C\u2019est avec mon p\u00e8re que j\u2019avais appris l\u2019histoire de cet oppidum d\u2019Arlon, situ\u00e9 sur une colline, dominant un paysage vaste et magnifique et surveillant les routes vers Reims, Tr\u00e8ves. De nombreuses d\u00e9couvertes de pierres gallo-romaines sculpt\u00e9es ont eu lieu depuis mes premi\u00e8res visites\u00a0 (2) : c\u2019est tellement extraordinaire d\u2019y rencontrer des personnes vaquant \u00e0 leurs occupations quotidiennes ou guerri\u00e8res; tous ces visages semblent pris sur le vif ; j\u2019aime le personnage v\u00eatu d\u2019un v\u00eatement ample \u00e0 capuche et qui se penche l\u00e9g\u00e8rement en avant en levant pr\u00e9cieusement un gobelet d\u2019eau vers ses l\u00e8vres ; les hommes qui semblent partir pour un long voyage dans une carriole m\u2019amusent beaucoup, ainsi que ce pauvre homme suivi d\u2019un chien qui, \u00e0 longues enjamb\u00e9es, tente de rejoindre un attelage rondement men\u00e9 par un homme arm\u00e9 d\u2019un fouet.<br \/>\nQuand j\u2019avais 10 ans, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9e par la st\u00e8le dite du ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole et j\u2019\u00e9prouvais une certaine compassion pour les \u00e9l\u00e8ves gallo-romains : devaient-ils, eux aussi, s\u00e9cher sur les op\u00e9rations des fractions qui me tracassaient tant \u00e0 l\u2019\u00e9poque ?<br \/>\nJ\u2019ai vu les sources de la Semois dont j\u2019ignorais le bassin, d\u00e9couvert apr\u00e8s mon s\u00e9jour arlonnais ; sans doute d\u00e9j\u00e0 voulu par les Romains qui adoraient souvent les sources qui leur paraissaient myst\u00e9rieuses et sacr\u00e9es. Dans mon souvenir, c\u2019est dans les caves d\u2019une brasserie que j\u2019avais vu le mince filet originel de la Semois. Le temps doux, ensoleill\u00e9, m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 poursuivre ma promenade jusqu\u2019aux Thermes romains. Chose curieuse, ils se trouvent donc au pied de l\u2019oppidum et, comme \u00e0 Argentomagus, (sur la Creuse,) non loin de la ligne de chemin de fer cr\u00e9\u00e9e au si\u00e8cle dernier.<br \/>\nJ\u2019ai remu\u00e9 d\u2019autres souvenirs en marchant le long d\u2019une route bord\u00e9e de jolies villas entour\u00e9es de jardins, jusqu\u2019\u00e0 un \u201ccomplexe sportif\u201d. Dans les ann\u00e9es quarante, nous suivions un petit chemin caillouteux, sous un soleil br\u00fblant, en longeant la voie ferr\u00e9e. Nous faisions cette route en v\u00e9lo ou \u00e0 pied, cueillant parfois des coquelicots, ou frottant entre les doigts ces fleurs de tanaisie jaune aux senteurs puissantes, presque m\u00e9dicinales. Les coquelicots cueillis ornaient alors la boutonni\u00e8re de notre p\u00e8re, et je ne savais pas alors que c\u2019\u00e9tait pour lui une sorte de clin d\u2019oeil \u00e0 la r\u00e9sistance des Russes, des communistes, des rouges. Nous aimions tant aller \u00e0 la piscine de l\u2019Hydrion ; c\u2019\u00e9tait, avec le mouvement scout, la seule fa\u00e7on de retrouver nos amis et de nous distraire. Quand je pense \u00e0 cette p\u00e9riode de la guerre o\u00f9 les distractions nous \u00e9taient mesur\u00e9es, o\u00f9 il n\u2019y avait pas de t\u00e9l\u00e9vision, o\u00f9 les rassemblements \u00e9taient interdits, j\u2019ai l\u2019impression cependant de ne pas m\u2019\u00eatre ennuy\u00e9e une minute. Ma vie \u00e9tait pleine, je dirai m\u00eame heureuse. Et pourtant nous sentions d\u2019instinct que les parents \u00e9taient souvent soucieux. Il y avait heureusement notre insouciance d\u2019enfants, nos jeux, nos rires, nos pleurs, nos disputes. Il y avait la vie de tous les jours, nous mangions \u00e0 notre faim; nous ignorions que nos parents prenaient de la saccharine pour sucrer leur pseudo-caf\u00e9 ou leur mat\u00e9 (mon p\u00e8re a pu continuer \u00e0 boire sa boisson favorite pendant les ann\u00e9es de guerre car il avait une petite r\u00e9serve, non pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e) Il y avait les petits paquets envelopp\u00e9s de papier gris, provenant de la fabrique de tabac de mon grand\u2019 p\u00e8re qui permettaient le troc contre du beurre, du jambon, de la farine blanche, du sucre destin\u00e9, l\u2019\u00e9t\u00e9, aux confitures. Mais il fallait faire plusieurs km en v\u00e9lo, parfois 20, 25 km aller &#8211; et autant pour le retour. C\u2019\u00e9tait dur de rouler par tous les temps ; mon fr\u00e8re, \u00e2g\u00e9 de 6 ans au d\u00e9but de la guerre, p\u00e9dalait rondement sur un tout petit v\u00e9lo et je l\u2019admirais quand il grimpait vaillamment la \u201cc\u00f4te rouge\u201d .Quant \u00e0 ma s\u0153ur \u00e2g\u00e9e de trois ans, elle dominait la situation sur le porte-bagages\u00a0 du v\u00e9lo maternel . C\u2019\u00e9tait aussi une partie de plaisir quand les mamans avaient d\u00e9cid\u00e9 une promenade commune avec pique-nique et jeux \u00e0 la cl\u00e9 pour nous r\u00e9compenser d\u2019avoir rempli nos bidons de lait de framboises sauvages ou de myrtilles que nous retrouvions plus tard en d\u00e9licieuses confitures. Oui, c\u2019\u00e9tait r\u00e9jouissant de voir tous ces enfants prendre de bonnes couleurs et faire des parties de cache-cache dans les bois autour d\u2019Arlon.<br \/>\nIl y avait aussi ces \u201cexcursions alimentaires\u201d, si je puis dire, en direction de Mex le Tige, chez une fermi\u00e8re qui fournissait ma m\u00e8re en pommes de terre et parfois nous r\u00e9servait une petite motte de beurre. Nous aimions aller dans cette ferme car la ma\u00eetresse des lieux avait piti\u00e9 de nous et nous pr\u00e9parait un go\u00fbter somptueux tandis que nous courions les pr\u00e9s \u00e0 la recherche de champignons. Quel n\u2019\u00e9tait pas alors notre \u00e9tonnement, presque notre effroi, de voir couler et m\u00eame prendre feu la graisse du moule \u00e0 gaufres ! C\u2019\u00e9tait incroyable. Et quelle joie de croquer alors ces gaufres encore chaudes, dor\u00e9es et miraculeuses tout en taquinant les chatons et en \u00e9coutant parler les \u201cgrandes personnes\u201d.<\/p>\n<p>Je me souviens d\u2019une aventure invraisemblable sous la neige Nous \u00e9tions parties, ma m\u00e8re et moi, en v\u00e9lo pour aller chercher une demi-livre de beurre ou 6 oeufs pour am\u00e9liorer l\u2019ordinaire. C\u2019\u00e9tait par une belle journ\u00e9e ensoleill\u00e9e o\u00f9 les bois, ourl\u00e9s de givre, brillaient comme des diamants. Nous avions roul\u00e9 courageusement sur une route couverte de neige glac\u00e9e mais o\u00f9 le chasse-neige avait trac\u00e9 une voie .Nous rentrions cependant sans avoir obtenu la quantit\u00e9 de beurre escompt\u00e9e; la petite ferme assez mis\u00e9rable o\u00f9 il fallait contourner l\u2019 \u00e9norme tas de fumier pour arriver \u00e0 l\u2019\u00e9table, se trouvait \u00e0 Etalles. La femme souriait en nous voyant arriver, il lui manquait beaucoup de dents ; plusieurs enfants couraient \u00e7a et l\u00e0 pour rattraper une poule ou faire rentrer une vache \u00e0 l\u2019\u00e9table.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait tr\u00e8s sale et tr\u00e8s mis\u00e9rable mais il fallait faire bonne figure et essayer d\u2019obtenir la 1\/2 livre de beurre tant convoit\u00e9e. Cette fois-l\u00e0, ce fut en vain. Nous repr\u00eemes donc la route avec la perspective des 20 km sous la neige qui tombait en flocons r\u00e9guliers. Bient\u00f4t il fit nuit et nous avancions lentement sous les tourbillons de neige, dans une neige qui s\u2019\u00e9paississait \u00e0 vue d\u2019\u0153il. J\u2019imagine aujourd\u2019hui sans peine l\u2019inqui\u00e9tude de ma m\u00e8re ; j\u2019\u00e9tais si lasse ; j\u2019avan\u00e7ais comme un automate ; mes yeux pleuraient \u00e0 cause du froid et il fallait continuer \u00e0 pousser son v\u00e9lo dans la neige qui crissait et s\u2019\u00e9paississait. C\u2019est alors que nous v\u00eemes les phares d\u2019une auto qui s\u2019arr\u00eatait \u00e0 notre hauteur : mon p\u00e8re, tr\u00e8s inquiet, avait fini par d\u00e9nicher une sorte de taxi marchant au gazog\u00e8ne et venait \u00e0 notre rencontre. Epuis\u00e9e, je m\u2019endormis bient\u00f4t sur ses genoux. Arriv\u00e9s \u00e0 la maison, j\u2019eus droit \u00e0 un merveilleux bain parfum\u00e9 \u00e0 l\u2019essence de pin et je regagnai mon lit pour une nuit pleine de r\u00eaves d\u00e9licieux.<\/p>\n<p>+++++++<br \/>\nPendant ces ann\u00e9es de guerre, je passai des heures de bonne d\u00e9tente avec un groupe d\u2019amies faisant du scoutisme ; les r\u00e9unions, les uniformes \u00e9taient interdits ; nous nous retrouvions pourtant dans les maisons de l\u2019une ou de l\u2019autre, les parents compr\u00e9hensifs nous abandonnant qui, un garage, qui, des mansardes. Nous lisions les livres de Kipling, nous suivions la Loi des Guides sugg\u00e9r\u00e9e par Lord et Lady Baden Powell ; nous savions que cette derni\u00e8re vivait encore. Nous \u00e9tions pleines d\u2019enthousiasme, de courage pour participer \u00e0 un monde meilleur, et pleines d\u2019admiration, aussi, pour des jeunes gens beaucoup plus \u00e2g\u00e9s que nous, les Routiers, qui, nous le savions vaguement, luttaient \u00e0 leur mani\u00e8re contre les \u201d Boches\u201d.<br \/>\nIl y avait parmi nous des Alouette, Sauterelle, Vautour, Ourson, Fauvette ; pour ma part, le totem qui m\u2019avait \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 apr\u00e8s avoir saut\u00e9 trois fois au-dessus d\u2019un feu, \u00e9tait Impala. Nous apprenions \u00e0 conna\u00eetre les fleurs, les \u00e9toiles, \u00e0 respecter les animaux, \u00e0 savoir rendre service aux autres (la fameuse B.A.) \u00e0 se rendre utile \u00e0 la maison, \u00e0 \u00eatre exigeante envers soi-m\u00eame, \u201d que votre oui soit oui, que votre non soit non \u201c, un \u201cnon\u201d v\u00e9ritable. J\u2019ai vraiment pass\u00e9 de tr\u00e8s bonnes apr\u00e8s-midis en promenade dans les bois proches d\u2019Arlon ; c\u2019\u00e9tait autoris\u00e9, ou du moins il n\u2019y avait pas de risque de se trouver face \u00e0 des soldats allemands en exercice. A cette \u00e9poque, nous les entendions souvent chanter sur les routes ou dans les rues de la ville lorsqu\u2019ils partaient \u00e0 l\u2019exercice. Et le bruit de bottes de ces hommes marchant au pas m\u2019angoisse encore aujourd\u2019hui. C\u2019\u00e9tait le symbole du sol occup\u00e9 par l\u2019\u00e9tranger. De m\u00eame que les indications routi\u00e8res en allemand ou encore cette grande enseigne \u201cKommandantur \u201cen rouge sur le balcon du si\u00e8ge du Gouverneur de la Province. Et les quelques voitures ou camions qui circulaient \u00e9taient pour la plupart ceux de l\u2019arm\u00e9e allemande.<\/p>\n<p>En revenant \u00e0 Arlon, cinquante ans apr\u00e8s la fin de la guerre, ce qui me frappe sans doute le plus, c\u2019est la circulation automobile ; des voitures sont parqu\u00e9es sur les places; l\u2019odeur des gaz d\u2019\u00e9chappement est forte; ce n\u2019est vraiment pas ce que l\u2019homme aura cr\u00e9\u00e9 de plus intelligent en ce XX\u00e8me si\u00e8cle.<br \/>\nIl faudra que j\u2019aie le courage de d\u00e9crire un jour la trag\u00e9die du 25 ao\u00fbt 1944.\u00a0 Je suis pass\u00e9e et repass\u00e9e devant les plaques appos\u00e9es aux endroits o\u00f9 M. Lucion et le docteur Hollenfeltz ont \u00e9t\u00e9 abattus par les allemands ; et cette phrase \u201d Passant, souviens-toi \u201d me poursuit.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui jeudi, c\u2019est jour de march\u00e9.Il y a beaucoup de marchands de fleurs, de poulet r\u00f4ti et de v\u00eatements. J\u2019ai quand m\u00eame retrouv\u00e9 les \u00e9choppes de quelques fermiers avec leur propre production de beurre, de fromages, vendant leurs oeufs, parlant assez souvent le patois allemand. Sinon, dans l\u2019ensemble, en s\u00e9journant trois jours ici, j\u2019ai surtout entendu parler le fran\u00e7ais ; et cela m\u2019a bien chang\u00e9 de la ville de Bruxelles et du bruxellaire.<br \/>\nIl fait un temps ensoleill\u00e9 ; d\u00e9licieuse arri\u00e8re-saison avant les rigueurs de l\u2019hiver, souvent tr\u00e8s rude par ici : en janvier 1940, quand les trois enfants, confi\u00e9s \u00e0 des grands parents le temps du d\u00e9m\u00e9nagement, ont rejoint leurs parents (leur p\u00e8re venait d\u2019\u00eatre affect\u00e9 \u00e0 Arlon), ils ont eu une grosse surprise : en descendant du train, tout emmitoufl\u00e9s, ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9s sur une luge, et c\u2019est ainsi qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 leur nouvelle maison, en haut de la ville. Il y avait de la neige partout, \u00e9paisse, surtout le long des trottoirs o\u00f9 \u00e9tait pass\u00e9 le chasse-neige.<br \/>\nChaque hiver de la guerre nous avions de grandes parties de luge avec nos amis dans des rues tranquilles et s\u00fbres, puisque sans automobiles. Et des batailles de boules de neige et des glissades \u00e0 la r\u00e9cr\u00e9ation, et des chutes et des rires.<\/p>\n<p>Une exposition est annonc\u00e9e \u00e0 la Maison de la Culture sur les objets, affiches, photos de la derni\u00e8re guerre \u00e0 Arlon. Int\u00e9ressant mais loin d\u2019\u00e9puiser le sujet; beaucoup d\u2019uniformes belges de 1940, allemands et am\u00e9ricains ainsi que leurs armes, les coffres avec les secours de sant\u00e9, de quoi transmettre les messages, etc mais rien sur la R\u00e9sistance ; aucune mention de h\u00e9ros comme M. Lucion ou le docteur Hollenfeltz ; quelques photos prises lors de l\u2019arriv\u00e9e des premi\u00e8res jeeps et camions \u00e0 la Lib\u00e9ration : le 10 septembre !<br \/>\nQuel souvenir ! Ce furent des journ\u00e9es \u00e9clatantes de joies, de rires, d\u2019exaltation : je n\u2019oublierai jamais cette rue des Faubourgs o\u00f9 s\u2019avan\u00e7aient, de chaque c\u00f4t\u00e9 de la rue, des fantassins casqu\u00e9s, fusil en bandouli\u00e8re, encadrant des jeeps, puis des camions sur lesquels des jeunes filles, des gamins se faisaient hisser, pour dire leur joie et leur gratitude \u00e0 ceux devant qui les allemands avaient fui. Les drapeaux belges sortaient aux fen\u00eatres ; on cherchait f\u00e9brilement de quoi confectionner un drapeau am\u00e9ricain. Avec Maman on a d\u00e9coup\u00e9 et cousu des \u00e9toiles et des bandes, je crois me souvenir que le compte n\u2019y \u00e9tait pas ; mais peu importe : c\u2019\u00e9tait r\u00e9alis\u00e9 avec tout notre c\u0153ur.<br \/>\nC\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s en ces jours l\u00e0 que j\u2019accompagnai mon p\u00e8re (je n\u2019ai jamais vu plus badaud que lui) vers la Place des man\u0153uvres, non loin de la Gendarmerie, o\u00f9 des hommes avec des brassards de la R\u00e9sistance amenaient des femmes qu\u2019ils obligeaient \u00e0 monter sur une estrade pour avoir les cheveux tondus devant la foule qui, soudain, se taisait, g\u00ean\u00e9e. C\u2019est une sc\u00e8ne que je ne puis oublier, et j\u2019ai compris tr\u00e8s vite que mon p\u00e8re \u00e9tait boulevers\u00e9 lui aussi ; nous sommes partis tr\u00e8s vite, en silence. C\u2019est aussi \u00e0 ce moment-l\u00e0 que je compris peu \u00e0 peu que Papy avait agi dans la R\u00e9sistance, renseignant les Alli\u00e9s, entre autres, sur des mouvements de troupes allemandes vers le Luxembourg gr\u00e2ce \u00e0 un employ\u00e9 de la Banque qui habitait le Grand-Duch\u00e9 et faisait les all\u00e9es et venues vers Arlon, distant d\u2019une vingtaine de km. Il avait aussi travaill\u00e9 avec le \u201cVieux Joseph\u201d, le veilleur de nuit de la banque, sans doute dans un r\u00e9seau. Je n\u2019ai jamais rien su de pr\u00e9cis mais j\u2019ai retrouv\u00e9, dans un d\u00e9m\u00e9nagement, un \u201d Certificate of Service \u201c, sign\u00e9 du mar\u00e9chal Montgomery, en remerciement des services rendus. Mon p\u00e8re avait une s\u00e9rie de d\u00e9corations qu\u2019il arborait fi\u00e8rement dans les ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s-guerre ; mais sous les moqueries de ma m\u00e8re, il les abandonna peu \u00e0 peu et j\u2019ignore l\u00e0 aussi ce qu\u2019elles repr\u00e9sentent<br \/>\nNous pass\u00e2mes quelques semaines dans l\u2019euphorie de la Lib\u00e9ration. Il fallait encore des cartes de timbres pour l\u2019alimentation mais il y avait la d\u00e9couverte des rations alimentaires des soldats am\u00e9ricains. Ces derniers, g\u00e9n\u00e9reusement, nous donnaient des chewing-gums, du coca-cola (je n\u2019ai jamais pu l\u2019aimer) et surtout, surtout, du cho-co-lat ! C\u2019\u00e9tait une saveur tellement neuve pour nous, les 10-12 ans ; nous avions oubli\u00e9 que c\u2019\u00e9tait si bon !<br \/>\nMon p\u00e8re, qui avait fait la guerre de 14-18 ( o\u00f9 il avait d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 bless\u00e9) qui avait fait de la r\u00e9sistance, \u00e9tait aussi docteur en droit et faisait un peu partie de l\u2019\u00e9lite de la petite ville en tant que directeur de l\u2019agence de la Banque Nationale. Il fut donc sollicit\u00e9 pour si\u00e9ger dans un tribunal avec d\u2019autres comme M. Bombled et l\u2019auditeur militaire que nous avons souvent rencontr\u00e9 en ce temps l\u00e0. Mon p\u00e8re \u00e9tudiait des dossiers et d\u00e9lib\u00e9rait avec les autres membres. J\u2019ai su que l\u2019ancien bourgmestre, Eichorn, avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort et j\u2019ai d\u00e9couvert combien on pouvait \u00eatre responsable de la vie ou de la mort de quelqu\u2019un. Venant apr\u00e8s toutes les exp\u00e9riences ou les r\u00e9cits des horreurs qu\u2019apportent les guerres, j\u2019ai ressenti une grande angoisse.<br \/>\nEt la guerre n\u2019\u00e9tait pas vraiment finie ! Nous allions \u00eatre, \u00e0 la fin 44, aux premi\u00e8res loges pour assister au sursaut de la \u201cb\u00eate immonde\u201d.<\/p>\n<p>++++++++++<br \/>\nJe reprends le r\u00e9cit de ces ann\u00e9es 40, apr\u00e8s quelques semaines d\u2019interruption. C\u2019est \u00e9videmment plus difficile \u00e0 r\u00e9diger lorsque je me trouve en vacances dans la campagne bordelaise, en novembre, o\u00f9 les coups de feu que l\u2019on peut entendre sont dirig\u00e9s sur les palombes qui passent\u2026<br \/>\nJe voudrais essayer de raconter quels \u00e9taient mes jeux, mes occupations mes pens\u00e9es entre 9 et 13 ans, comment nous vivions \u00e0 notre fa\u00e7on, mon fr\u00e8re et ma s\u0153ur, les soucis des parents.<br \/>\nMa peur est ici de para\u00eetre d\u00e9sordonn\u00e9e, de r\u00e9diger sans plan. Il s\u2019agit de souvenirs et l\u2019un entra\u00eene l\u2019autre, d\u2019o\u00f9 un certain d\u00e9cousu qui me semble in\u00e9vitable.<br \/>\nIl faut dire que j\u2019ai de bons souvenirs d\u2019enfance, que j\u2019ai jou\u00e9 avec s\u00e9rieux \u00e0 la poup\u00e9e, au papa et \u00e0 la maman, \u00e0 la d\u00eenette. Nous \u00e9tions g\u00e2t\u00e9s malgr\u00e9 la guerre : dans le sous-sol, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la cuisine, o\u00f9 r\u00e9gnait Maria, non loin des escaliers menant au jardin, nous avions une salle de jeux, dans l\u2019angle de laquelle se dressait une petite maison en bois, avec un \u00e9criteau au-dessus de la porte : \u201cLes Trois Nains\u201d. C\u2019\u00e9tait une vraie porte \u00e0 petits carreaux, que nous poussions pour entrer chez nous. Nous pouvions y jouer \u00e0 la d\u00eenette, nous asseoir, rester debout. Sur l\u2019appui de fen\u00eatre, il y avait trois jolies tulipes en bois, peintes en bleu, jaune et rouge.A l\u2019int\u00e9rieur, le mobilier \u00e9tait agr\u00e9able : petit canap\u00e9, ( un peu dur, il est vrai, ) une table ronde, un tabouret bas avec une pyrogravure de clown, un lit de poup\u00e9e, une ou deux petites armoires, une cuisini\u00e8re et sa panoplie de casseroles, etc Comme la cuisine et Maria \u00e9taient juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, inutile de dire que nous nous y glissions souvent pour commettre de menus larcins, pour faire semblant de pr\u00e9parer un repas. Quand nous en avions assez de ces jeux tranquilles, nous organisions des batailles avec les soldats de plomb de mon fr\u00e8re, ses camions, ses canons et surtout, surtout un merveilleux camion de campagne qui portait un \u00e9norme phare pour observer sans doute les avions ennemis et qui pouvait m\u00eame \u00e9clairer, gr\u00e2ce \u00e0 une pile !<br \/>\nC\u2019est dans cette pi\u00e8ce aussi que, plus \u00e2g\u00e9s, nous avons organis\u00e9 dans le noir, avec nos petits amis et amies, des parties \u00ab d\u2019assassins et de d\u00e9tectives \u00bb qui nous donnaient de grands frissons ; c\u2019est l\u00e0 aussi que nous avons dormi pendant quelques semaines sur des lits de fortune en 1944, quand l\u2019offensive Von Rundstedt faisait rage \u00e0 quelques km de chez nous.<br \/>\nJe me souviens tr\u00e8s bien des soupiraux de ce sous-sol par lesquels, tout en jouant avec l\u2019insouciance d\u2019une enfant de 10 ans, nous remarquions les paires de bottes qui martelaient le trottoir. Il me semble encore les entendre, ces bruits de bottes. C\u2019est en y songeant que je concr\u00e9tise le mieux les mots : \u201d occupation allemande \u201c. Ces bruits de bottes et les inscriptions en allemand dans toutes les rues. Nous n\u2019\u00e9tions plus seuls chez nous.<br \/>\nLes autres jeux qui nous occupaient ces ann\u00e9es l\u00e0 se passaient au jardin ; notre paradis, notre refuge quand nous sentions une tension trop forte chez nos parents, chez notre p\u00e8re surtout.<br \/>\nEn particulier il y avait le coin du sable o\u00f9 nous pouvions construire une cabane au pied d\u2019un grand ch\u00eane, nous \u00e9tions hors de la vue des parents, cach\u00e9s par le haut b\u00e2timent de la banque; c\u2019\u00e9tait bien.<br \/>\nL\u00e0 aussi nous avions chacun notre petit jardin et gr\u00e2ce \u00e0 ma grand m\u00e8re, je savais ce qu\u2019\u00e9tait une marcotte, un semis ; j\u2019avais quelques fleurs, entre autres du r\u00e9s\u00e9da qui embaumait et que je n\u2019ai plus jamais retrouv\u00e9 ailleurs .Nous \u00e9tions souvent derri\u00e8re le jardinier qui venait soigner le jardin, le potager, les arbres fruitiers, si pr\u00e9cieux en ces ann\u00e9es de guerre. Je me souviens de jolis parterres en arcs de cercle plant\u00e9s d\u2019\u00e9pinards, alors qu\u2019il y avait des roses auparavant !<br \/>\nJ\u2019imitais mon p\u00e8re et l\u2019\u00e9t\u00e9, je remplissais aussi mes poches de mirabelles, de reines-claudes dor\u00e9es \u00e0 souhait ; je gardais des poires \u00e9clat\u00e9es apr\u00e8s leur chute d\u2019un immense poirier du fond du jardin ! je les gardais dans un tiroir de mon petit bureau et je les croquais, tout en \u00e9tudiant les fractions, ma b\u00eate noire. Jamais je n\u2019ai retrouv\u00e9 ces m\u00eames poires fermes, croquantes et tellement juteuses \u00e0 la fois.<\/p>\n<p>Quand nous avons grandi, mon fr\u00e8re et moi, nous nous sommes retrouv\u00e9s inscrits dans le mouvement scout. Je crois que c\u2019\u00e9tait une excellente id\u00e9e de nos parents qui nous permettait d\u2019avoir des activit\u00e9s, des jeux, des promenades, des rencontres avec des enfants de notre \u00e2ge, de nous occuper et d\u2019apprendre une foule de choses dans tous les domaines : celui des relations humaines, celui des sciences naturelles, celui de la vie pratique. Pour ma part, j\u2019y ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s heureuse et je suis certaine que je dois d\u2019y avoir d\u00e9velopp\u00e9 le sens des autres, d\u2019une certaine joie, de l\u2019enthousiasme. A l\u2019\u00e2ge adulte, j\u2019ai pu reconna\u00eetre d\u2019autres personnes pass\u00e9es par cette m\u00eame \u00e9cole de vie, et chez qui transparaissait l\u2019id\u00e9al auquel nous croyions toujours. \u00c9videmment, plus tard, bien plus tard, des gens bien intentionn\u00e9s, des journalistes, se sont beaucoup moqu\u00e9s des \u201cpetits scouts\u201d. Ils avaient tort, car on a vu malheureusement beaucoup trop de jeunes perdant peu \u00e0 peu un id\u00e9al et des valeurs dont ces gens croyaient intelligent de se moquer. Quand ces valeurs ont peu \u00e0 peu sombr\u00e9, on s\u2019est aper\u00e7u qu\u2019elles \u00e9taient peut-\u00eatre utiles \u00e0 quelque chose. Je ne veux surtout pas dire qu\u2019on ne les trouvait que l\u00e0 ; mais elles s\u2019y trouvaient aussi et c\u2019\u00e9tait enthousiasmant de vivre, m\u00eame \u00e0 cette \u00e9poque de guerre, parce qu\u2019il y avait un partage entre nous, une solidarit\u00e9, dirait-on aujourd\u2019hui.<br \/>\nVoil\u00e0 quelques mots donc sur nos jeux, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il n\u2019y avait pas de t\u00e9l\u00e9vision et pas de cin\u00e9ma (sauf propagande allemande ). Nous \u00e9coutions cependant \u201cRadio Jeunesse\u201d, une \u00e9mission \u00e0 la radio tous les dimanches pendant une heure et c\u2019\u00e9tait merveilleux, parce que nous, les enfants, nous suivions un conte ou une histoire vraie en faisant marcher notre imagination.<br \/>\nJ\u2019ignore comment nos parents ont pu se procurer un objet merveilleux qui a enchant\u00e9 notre enfance, je veux parler d\u2019un appareil de projection Path\u00e9-Baby ; nous nous sommes r\u00e9gal\u00e9s pendant les soir\u00e9es d\u2019hiver en regardant des dizaines et des dizaines de films de Charlot (Charlot travaille, Charlot rentre tard, etc) d\u2019Harold Loyd, de Buster Keaton. Un bonheur qui me submerge encore aujourd\u2019hui en \u00e9voquant ces s\u00e9ances. Quand nous recevions des petits amis, nous \u00e9tions si heureux de leur faire partager ces d\u00e9couvertes : Charlot qui rentre tard chez lui, sa femme dormant avec un rouleau \u00e0 p\u00e2tisserie dans les bras, pr\u00eate \u00e0 l\u2019assommer, et lui, le pauvre Charlot, marchant sur un jouet d\u2019enfant qui faisait \u201ccouic !\u201d( c\u2019\u00e9tait \u00e9crit sous l\u2019image !) ou encore Charlot sur un \u00e9chafaudage, s\u2019envoyant des briques qu\u2019il coin\u00e7ait derri\u00e8re ses genoux ; ou assis, lors de la pause, creusant son pain avec un vilebrequin pour y introduire une saucisse !<br \/>\nJe pense aussi que nous avons d\u00fb poss\u00e9der une partie du film d\u2019Abel Gance sur Napol\u00e9on quittant la Corse sur un petit bateau dans la temp\u00eate, poursuivi par l\u2019horrible Paoli, partisan de l\u2019Angleterre.<br \/>\nNotre amie Fran\u00e7oise Mortehan avait \u00e9norm\u00e9ment de succ\u00e8s aussi quand elle nous recevait, car son p\u00e8re mettait en route, sous nos yeux \u00e9blouis, la lanterne magique ! C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s po\u00e9tique, lent et vraiment f\u00e9erique.<br \/>\nJe ne voudrais pas clore ce chapitre de nos jeux d\u2019enfants sans \u00e9voquer un moment merveilleux qui nous arrivait, je pourrais presque dire, du ciel, chaque dimanche : pendant que nous \u00e9tions au jardin, faisant des parties de cache-cache ou autre, de la fen\u00eatre du salon grande ouverte en \u00e9t\u00e9 nous parvenait la musique que notre m\u00e8re jouait au piano ; nous ignorions que c\u2019\u00e9tait Debussy, Mozart, Schubert, Chopin ; mais nous entendions la Beaut\u00e9 et j\u2019en ai gard\u00e9 un souvenir tr\u00e8s vif ; certaines \u0153uvres \u00e9voqueront toujours les paisibles apr\u00e8s-midi, la chaleur de l\u2019\u00e9t\u00e9, alors qu\u2019il y avait la guerre mais si loin de nous dans ces moments l\u00e0.<br \/>\n++++++++++<br \/>\nPeut-\u00eatre faut-il noter ici quelques images qui ont frapp\u00e9 l\u2019esprit de l\u2019enfant de 9 ans que j\u2019\u00e9tais alors, au retour de l\u2019exode de 1940.<br \/>\nMon p\u00e8re avait donc d\u00e9cid\u00e9 le retour \u00e0 la maison, depuis la r\u00e9gion de Roanne, via Paris jusqu\u2019\u00e0 Arlon. Je suppose qu\u2019il lui a \u00e9t\u00e9 fort difficile de d\u00e9nicher les moyens de transport ad\u00e9quats dans une France en d\u00e9route et d\u00e9sorganis\u00e9e par la guerre. J\u2019imagine sans peine les nombreuses d\u00e9marches qu\u2019il a d\u00fb faire, mais un beau jour de septembre nous aper\u00e7\u00fbmes la maison vue \u00e0 travers le petit Parc, des fen\u00eatres de l\u2019h\u00f4tel o\u00f9 nous loge\u00e2mes. Bizarre ! Sur le trottoir de notre maison, portes grandes ouvertes, se dressait un petit meuble de nos parents, un tapis roul\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Entr\u00e9s dans la maison \u00e0 la suite de nos parents, nous v\u00eemes des Allemands, du moins des uniformes gris-verts, allant et venant chez nous, nous offrant de nous asseoir\u2026sur nos chaises. J\u2019entendis alors la voix de mon p\u00e8re qui s\u2019\u00e9levait pour signaler \u00e0 un tr\u00e8s gros officier rougeaud: \u00ab Ne vous fiez pas \u00e0 cette chaise, elle est fragile, du 18\u00e8me si\u00e8cle ! \u00bb Ensuite je perdis le fil de la discussion engag\u00e9e entre ces Allemands et mes parents. Mon p\u00e8re finit par \u201cr\u00e9cup\u00e9rer\u201d son logement qui avait servi \u00e0 un mess d\u2019officiers ; il devait simplement accepter de loger encore un ou deux officiers ; mais il s\u2019arrangea pour leur compliquer tellement la vie ( en les obligeant par ex. \u00e0 rentrer par le fond du jardin, c\u2019est \u00e0 dire par une autre rue, sous pr\u00e9texte qu\u2019il \u00e9tait responsable de sa banque et de ses fonds ) que, peu \u00e0 peu il r\u00e9cup\u00e9ra l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de sa demeure.<br \/>\nMon p\u00e8re avait une th\u00e9orie, il ne fallait pas c\u00e9der aux injonctions col\u00e9riques de l\u2019occupant : c\u2019est en \u00e9tant ferme sur les d\u00e9cisions prises dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la Banque Nationale qu\u2019il marquait des points ; une sc\u00e8ne nous impressionna \u00e9norm\u00e9ment, les trois enfants : par la porte entr\u2019ouverte de son bureau, nous v\u00eemes mon p\u00e8re et un officier allemand se disputant un t\u00e9l\u00e9phone, tous deux blancs de col\u00e8re et hurlant.<\/p>\n<p>Encore un souvenir ! Aujourd\u2019hui il est de bon ton de raconter des histoires dites \u201cbelges\u201d et de se moquer des habitants de ce petit pays qui aiment les frites.<br \/>\nMais il m\u2019arrive de me souvenir du go\u00fbt des premi\u00e8res frites de l\u2019apr\u00e8s-guerre. C\u2019\u00e9tait quelques jours apr\u00e8s la lib\u00e9ration de la ville par les Am\u00e9ricains : nous sommes invit\u00e9s chez M.&amp; Mme Malempr\u00e9, des \u00e9lectriciens de la rue du Faubourg ; jamais nous n\u2019avons \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s chez des artisans ; je suppose que mon p\u00e8re et ce M. Malempr\u00e9 avaient fait de la r\u00e9sistance ensemble et que des \u201cbarri\u00e8res sociales\u201d \u00e9taient tomb\u00e9es. Et Madame avait pr\u00e9par\u00e9 le repas : des frites, dor\u00e9es, croustillantes, une merveille.<br \/>\nAh, ces frites de la Lib\u00e9ration, je crois les croquer encore.<\/p>\n<p>Pendant la guerre, le dimanche apr\u00e8s-midi, quand les bureaux de la banque \u00e9taient ferm\u00e9s, notre p\u00e8re, magnanime, nous permettait d\u2019y jouer \u00e0 cache-cache ; les coins et recoins des boxes vitr\u00e9s des employ\u00e9s ou caissiers n\u2019avaient plus de secrets pour nous .Nous empruntions aussi les charriots qui servaient d\u2019ordinaire \u00e0 ranger les sacs de monnaie pour faire de longues courses dans les couloirs ou \u00e0 l\u2019endroit r\u00e9serv\u00e9 au public. Quelles parties, que de rires et de cris de joie ont r\u00e9sonn\u00e9 dans cet endroit s\u00e9v\u00e8re.<br \/>\nVers la fin de la guerre, quand mon p\u00e8re a craint la retraite de l\u2019arm\u00e9e allemande, des bombardements ou des repr\u00e9sailles contre la population, il a organis\u00e9, pour ma m\u00e8re et nous trois, un refuge de nuit, matelas et sacs de couchage dans\u2026la salle des coffres ! avec une longue table de ch\u00eane depuis la porte blind\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la fen\u00eatre donnant vers l\u2019ext\u00e9rieur pour permettre l\u2019\u00e9vacuation malgr\u00e9 les chutes de pierre ou de pl\u00e2tras \u00e9ventuels.<\/p>\n<p>++++++++++<br \/>\nC\u2019est vers cette \u00e9poque, alors que la R\u00e9sistance multipliait les actions contre l\u2019arm\u00e9e allemande, que ma m\u00e8re ressentit le besoin d\u2019aller voir ses parents et sa famille \u00e0 Charleroi. Elle voulut emmener ses trois enfants pour des vacances \u00e0 Charleroi. Un voyage en train, \u00e0 ce moment l\u00e0, \u00e9tait tr\u00e8s hasardeux, long et fatigant, avec des correspondances entre Arlon et Charleroi.A peine arriv\u00e9s sains et saufs \u00e0 destination, un t\u00e9l\u00e9gramme arrive, sign\u00e9 de mon p\u00e8re terriblement inquiet : \u00ab Cessez folle \u00e9quip\u00e9e, rentrez imm\u00e9diatement \u00bb. Ce que nous f\u00eemes. Mais cette formule a fait d\u00e9sormais partie de notre patrimoine\u2026<\/p>\n<p>+++++++++++<\/p>\n<p>Il me faut raconter \u00e0 pr\u00e9sent ces horribles journ\u00e9es de la fin du mois d\u2019ao\u00fbt 1944. Je venais d\u2019avoir 13 ans. L\u2019atmosph\u00e8re \u00e9tait lourde et dans la ville r\u00e9gnait une forte tension lorsqu\u2019on croisait les soldats vert-de-gris.<br \/>\nTous ressentaient, et m\u00eame les jeunes, que la guerre arrivait \u00e0 un tournant et que notre lib\u00e9ration approchait. L\u2019occupant \u00e9tait nerveux ; les attentats redoublaient dans la r\u00e9gion contre les moyens de communication, contre les officiers. C\u2019est alors que les responsables de la Kommandantur prirent des d\u00e9cisions pour propager la peur dans la ville : intimidation, prise d\u2019otages, etc\u00a0 Jusqu\u2019au 23 ao\u00fbt o\u00f9 un drame \u00e9clata.<br \/>\nMme Cappel, qui venait depuis quelques mois faire des m\u00e9nages chez nous, arriva, affol\u00e9e, un matin, tr\u00e8s t\u00f4t.<br \/>\nDe sa fen\u00eatre, dans la lumi\u00e8re incertaine du jour qui se levait, apr\u00e8s une br\u00e8ve fusillade, elle avait observ\u00e9 un homme \u00e0 terre, bless\u00e9, et des soldats arm\u00e9s qui montaient la garde autour de lui, emp\u00eachant toute personne qui voulait porter assistance de le faire.<br \/>\nCoup de sonnette \u00e0 la maison : notre amie, Mme Lucion, boulevers\u00e9e elle aussi, demande conseil \u00e0 mes parents : son mari venant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9 et emmen\u00e9 comme otage, elle ignore o\u00f9.<br \/>\nPauvre Madame Lucion ; en venant nous voir, elle aurait pu emprunter une autre rue et l\u00e0, elle aurait d\u00e9couvert, horrifi\u00e9e, son mari, bless\u00e9, \u00e0 terre.<br \/>\nToutes les personnes amies se sont alors mobilis\u00e9es pour essayer d\u2019aider, de soutenir, de faire des d\u00e9marches. Les trois enfants Lucion, avec qui nous \u00e9tions fort li\u00e9s et avec qui nous avions pass\u00e9 tant d\u2019heures \u00e0 jouer et \u00e0 rire, sont alors venus chez nous.<br \/>\nMais nous ne jouions plus, nos visages \u00e9taient graves, nous redoutions tant la mauvaise nouvelle. Quelqu\u2019un m\u2019avait demand\u00e9 de ne pas dire \u00e0 ses enfants que ce pauvre M. Lucion \u00e9tait mort, et j\u2019\u00e9tais l\u00e0, tellement impuissante, aupr\u00e8s de mon amie Monique.<br \/>\nLes enfants ont ensuite rejoint leur m\u00e8re chez eux et l\u00e0 ce fut le chagrin, immense et digne, de ceux que nous aimions qui put enfin se partager.<br \/>\nNous appr\u00eemes que, dans le m\u00eame temps, un autre assassinat avait eu lieu, perp\u00e9tr\u00e9 par le m\u00eame occupant aux abois, sur un autre otage, le docteur Hollenfeltz, homme remarquable, cultiv\u00e9 ; lui aussi, \u00e9tait tomb\u00e9 dans la rue, une balle dans le dos.<br \/>\nCe furent des journ\u00e9es terribles qui me glacent encore le sang \u00e0 les \u00e9voquer. La barbarie avait, h\u00e9las, touch\u00e9 notre petite ville.<br \/>\nMon p\u00e8re, ancien otage, aurait pu subir le m\u00eame sort ; mais lors d\u2019une visite pour un contr\u00f4le \u00e0 la Kommandantur, un officier, ancien de la guerre de 14-18 comme lui, lui dit en confidence : \u00ab Je n\u2019ai pas donn\u00e9 votre nom, la nuit derni\u00e8re ; je pars pour le front de l\u2019Est demain\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>++++++++<\/p>\n<p>Les trois jeunes enfants que nous \u00e9tions devions effectuer un assez long trajet chaque jour pour gagner l\u2019\u00e9cole d\u2019application de l\u2019\u00c9cole Normale. Nous sortions de la petite ville, traversions une zone fort humide et tr\u00e8s brumeuse certains matins d\u2019automne, car dans ces prairies serpentait un ruisseau, la Semois. Nous nous rassurions en jouant avec des petites cannes blanches phosphorescentes, petits insignes vendus par les aveugles de la Canne Blanche.<br \/>\nMes ann\u00e9es d\u2019\u00e9cole ? Que de bons souvenirs ! J\u2019appr\u00e9ciais mes ma\u00eetresses, je me souviens encore de leur nom et de leur visage \u00e0 toutes.<br \/>\nJe me souviens aussi de certaines de mes camarades de classe, des images que nous \u00e9changions pour penser l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, des jeux dans la cour de r\u00e9cr\u00e9ation.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait un jour, pendant l\u2019occupation allemande ; Mme Dujardin, institutrice des 3\u00e8mes ann\u00e9es, demande aux unes et aux autres de venir au tableau pour r\u00e9citer ou chanter quelque chose. Je l\u00e8ve le doigt, me rends sur l\u2019estrade et j\u2019entonne, innocemment : \u00ab It\u2019s a long way, to Tiperary, it\u2019s a long way to go ! \u00bb L\u2019institutrice, m\u00e9dus\u00e9e, m\u2019a laiss\u00e9 chanter et je suis retourn\u00e9e \u00e0 ma place, sans me douter le moins du monde que j\u2019aurais pu causer du tort \u00e0 mes parents\u2026<br \/>\nQuelques 3 ans plus tard, je me suis retrouv\u00e9e \u00e0 l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e ; c\u2019\u00e9tait la seule \u00e9cole secondaire en ces temps-l\u00e0 dans la r\u00e9gion ; et l\u2019on avait \u00e9t\u00e9 bien oblig\u00e9 d\u2019accepter, parmi les jeunes gens, les jeunes filles qui voulaient poursuivre des \u00e9tudes. Un de mes professeurs, celui d\u2019histoire, nous appelait m\u00eame \u201cles tol\u00e9r\u00e9es\u201d. Il est vrai que notre vestiaire \u00e9tait tout petit, ainsi que l\u2019espace qui nous \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 pour les r\u00e9cr\u00e9ations. Mais dans les rangs, avant de rentrer en classe, nous, les filles, \u00e9tions devant; il fallait bien leur apprendre la politesse, aux garnements qui suivaient.<br \/>\nL\u00e0 aussi, de bons souvenirs : il nous fallait apprendre l\u2019allemand, c\u2019\u00e9tait obligatoire, vu la proximit\u00e9 de notre province avec le Luxembourg annex\u00e9, mais notre prof, qui \u00e9tait un chef scout et r\u00e9sistant (nous le s\u00fbmes plus tard) ne nous accablait pas d\u2019exercices\u2026<\/p>\n<p>++++<br \/>\nC\u2019est aussi en 1942 que j\u2019ai suivi un cours de cat\u00e9chisme. Je dirais que je ne sais pas tr\u00e8s bien pourquoi; en effet, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9e pour faire plaisir, je pense, \u00e0 mes grands-parents. Car chez nous, jamais personne ne parlait de Dieu, de l\u2019\u00c9glise, des chr\u00e9tiens. Mais j\u2019avais des amies qui faisaient ce que l\u2019on appelait alors la \u201ccommunion solennelle\u201d. Et quand j\u2019ai vu que mes amies avaient une jolie robe blanche et qu\u2019on faisait la f\u00eate, j\u2019ai eu envie, moi aussi, d\u2019avoir une jolie robe blanche !<br \/>\nMais il a fallu suivre un cours de cat\u00e9chisme et r\u00e9p\u00e9ter des formules qui me paraissaient bien \u00e9tranges, comme : \u201d Qui vous a mis au monde ?\u201d \u201cDieu, mes p\u00e8re et m\u00e8re \u201c\u2026Mes parents avaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque une femme de chambre que j\u2019aimais beaucoup, et c\u2019est elle qui m\u2019expliquait ce que je ne comprenais pas toujours, sur la messe et aussi pour la confession.<br \/>\nEt voil\u00e0 comment j\u2019ai fait mes premiers pas de chr\u00e9tienne. Il faut dire que j\u2019avais une marraine qui m\u2019emmenait avec elle \u00e0 la messe quand j\u2019\u00e9tais en vacances chez elle et l\u2019Oncle Jean. De temps en temps, plut\u00f4t que de les accompagner, je pr\u00e9f\u00e9rais aller me promener, le dimanche, avec mes parents, car j\u2019avais droit \u00e0 une grenadine quand ils s\u2019asseyaient \u00e0 une terrasse de caf\u00e9 !<br \/>\nLe jour de ma communion est donc arriv\u00e9, apr\u00e8s un examen s\u00e9rieux de mes connaissances cat\u00e9chistiques avec le cher cur\u00e9 Heck, celui l\u00e0 m\u00eame qui, l\u2019ann\u00e9e suivante, au moment de la profession de foi devant l\u2019\u00e9v\u00eaque, m\u2019a interpell\u00e9e : \u201cTu fais cette promesse \u00e0 Dieu vraiment ? Tu r\u00e9fl\u00e9chis bien ?\u201d et c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 lui, je crois, que j\u2019ai pris cet engagement d\u2019\u00eatre chr\u00e9tienne, en conscience.<br \/>\nLa famille a donc fait la f\u00eate ; j\u2019ai dessin\u00e9 des menus \u201cpatriotiques\u201d pour tous les convives. J\u2019avais pr\u00e8s de moi mon grand p\u00e8re que j\u2019aimais tant , ma tante et marraine et mon oncle et l\u2019apr\u00e8s-midi, une petite amie de la famille. Pour dessert, une glace ! un agneau pascal. Les photos prises au jardin parmi les iris et les pivoines en fleurs \u00e9voquent ces moments de paix et de joie familiale malgr\u00e9 le contexte de la guerre.<br \/>\n++++++++++++++<br \/>\nPendant la guerre, il fallait faire attention aux v\u00eatements et les enfants ont la vilaine habitude de grandir\u2026Alors ma m\u00e8re, aid\u00e9e par une couturi\u00e8re qui venait passer une journ\u00e9e de temps en temps ou par une de mes tantes, rallongeait nos robes, confectionnait des tabliers.. Ma jolie robe de communion venait de la cousine d\u2019une cousine\u2026 On m\u2019avait m\u00eame confectionn\u00e9 un pantalon d\u2019hiver, bien chaud, en transformant celui d\u2019un cousin.<br \/>\nMa m\u00e8re restait assez coquette, malgr\u00e9 les difficult\u00e9s de la guerre; sur certaines photos on lui voit un joli tailleur et m\u00eame un chapeau.<br \/>\nCe dont je me souviens le plus, c\u2019est de ce qu\u2019elle portait souvent, au revers de sa veste : ce n\u2019\u00e9tait pas un bijou mais une sorte de dessin sur un morceau de cuir : un soldat anglais avec son casque caract\u00e9ristique et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui une bombe explose ; la l\u00e9gende indique : \u201d Keep smiling \u201c. Je commen\u00e7ais \u00e0 apprendre l\u2019anglais\u2026en cachette avec ma m\u00e8re.<br \/>\n+++++++++++++<br \/>\nJ\u2019oubliais de vous parler de mon professeur de piano, M. Camille Schmitt ( il a \u00e9t\u00e9 reconnu plus tard comme compositeur. ) C\u2019\u00e9tait un vieux gar\u00e7on souriant ; il portait souvent une grosse robe de chambre marron, (plus tard j\u2019ai appris que Balzac \u00e9tait ainsi accoutr\u00e9 ) mais \u00e0 Arlon, pendant la guerre, il y avait des difficult\u00e9s et des restrictions de chauffage. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 apprendre des petites pi\u00e8ces de Schumann, cela me plaisait beaucoup. A la maison je r\u00e9p\u00e9tais mes le\u00e7ons sur un vieux piano droit, noir, qui r\u00e9sonnait comme une casserole !\u00a0 Apr\u00e8s au moins deux ans de ces exercices, l\u2019on a quand m\u00eame admis que cela risquait de me fausser l\u2019oreille ; et l\u2019on m\u2019a permis de jouer sur le grand, le beau, le tr\u00e8s aim\u00e9 piano \u00e0 queue ! et encore, puisqu\u2019il se trouvait au salon, je devais avoir les chaussures propres ou mettre des pantoufles et \u00e9videmment bien me laver les mains.<br \/>\nMon professeur de piano \u00e9tait tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux car j\u2019ai retrouv\u00e9 des programmes de concerts organis\u00e9s par le Secours d\u2019Hiver et auxquels il pr\u00eatait son concours. Le Secours d\u2019Hiver ! Mais oui, il y a eu des hivers terribles pendant la guerre et je me souviens que mon p\u00e8re en faisait partie, \u00e0 quel titre, je l\u2019ignore ; mais il \u00e9tait tr\u00e8s actif et se souciait aussi des pauvres gens. La musique r\u00e9sonnait souvent dans la maison ; non seulement ma m\u00e8re \u00e9tait bonne pianiste mais les trois enfants ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des le\u00e7on de piano.<br \/>\nAu moment de l\u2019offensive Von Rundstedt, beaucoup d\u2019Am\u00e9ricains, soldats ou officiers, ont \u00e9t\u00e9 re\u00e7us \u00e0 la maison ; tous les vendredis, par ex., il y avait deux invit\u00e9s am\u00e9ricains au repas du soir ; nous, les enfants, nous pouvions simplement venir dire bonsoir ; mais nous nous amusions beaucoup \u00e0 observer quand la porte s\u2019ouvrait pour le service ou \u00e0 \u00e9couter notre p\u00e8re parlant anglais, avec un accent\u2026curieux. \u201cperhaps\u201d, entre autres, nous amusait tant. Ces invit\u00e9s am\u00e9ricains \u00e9taient admis plus souvent lorsqu\u2019ils s\u00e9journaient \u00e0 Arlon avant de retrouver le front.\u00a0 \u00a0 \u00a0Un certain Charlie venait souvent jouer du piano \u00e0 ses moments de libert\u00e9 ( il devait y avoir du Gershwin dans l\u2019air ). Il y avait aussi George et Andy qui, lui, nous donnait des le\u00e7ons d\u2019anglais ; le lyc\u00e9e avait ferm\u00e9 pendant plusieurs semaines et mon p\u00e8re avait organis\u00e9, dans la salle du Comptoir d\u2019Escompte des cours de fran\u00e7ais\/latin donn\u00e9s par un j\u00e9suite, de l\u2019anglais donn\u00e9 par un soldat am\u00e9ricain ; nous \u00e9tions quelques-unes de l\u2019Ath\u00e9n\u00e9e \u00e0 nous occuper ainsi gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019initiative de mon p\u00e8re. Des dames de la petite ville, dont Mme Koenig et ma m\u00e8re s\u2019ing\u00e9niaient \u00e0 accueillir ces jeunes Am\u00e9ricains qui repartaient au front ; distribution de doughnuts, repas chez l\u2019habitant, etc<br \/>\nUn jour pendant l\u2019offensive Von Rundstedt, la guerre a d\u00e9truit et incendi\u00e9 le petit village d\u2019Houffalize ; des personnes \u00e9taient sans abri, sans ressources. Ces m\u00eames dames, dont ma m\u00e8re, ont essay\u00e9 de venir en aide ; des enfants \u00e9taient hospitalis\u00e9s, br\u00fbl\u00e9s. On a demand\u00e9 alors des jouets aux enfants que nous \u00e9tions ; ce que nous avons donn\u00e9 de bon c\u0153ur.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait le moment o\u00f9 nous entendions gronder le canon, pas tellement loin de chez nous : Bastogne o\u00f9 le g\u00e9n\u00e9ral am\u00e9ricain Mac Auliffe, \u00e0 la t\u00eate d\u2019une garnison encercl\u00e9e par les forces allemandes, avait r\u00e9pondu \u201cnuts\u201d, n\u2019\u00e9tait qu\u2019\u00e0 39 km de la petite ville d\u2019Arlon !<br \/>\nCet hiver 44 a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s, tr\u00e8s froid ; il \u00e9tait tomb\u00e9 beaucoup de neige et la bataille des Ardennes avait \u00e9t\u00e9 rude. No\u00ebl 1944 ! Il faisait tr\u00e8s froid, il y avait beaucoup d\u2019all\u00e9es et venues de soldats dans les rues, des jeeps, des camions avec des chenilles, des engins militaires de toutes sortes. Mes parents observaient avec une certaine angoisse les directions prises par cette arm\u00e9e, en esp\u00e9rant qu\u2019elle finirait par repousser ce dernier sursaut de l\u2019arm\u00e9e allemande.<br \/>\nMa m\u00e8re voulait absolument que nous f\u00eations No\u00ebl malgr\u00e9 tout. Le matin du 24 d\u00e9cembre, nous l\u2019avons accompagn\u00e9e, mon fr\u00e8re et moi, pour l\u2019aider \u00e0 ramener un sapin que nous allions installer au salon. Sur le chemin, nous avons crois\u00e9 une amie de ma m\u00e8re qui s\u2019est \u00e9cri\u00e9e, surprise : \u201d Vous allez quand m\u00eame pr\u00e9parer No\u00ebl ?\u201d Oui, c\u2019\u00e9tait incroyable, mais cela nous a fait beaucoup de bien de penser \u00e0 la d\u00e9coration, \u00e0 l\u2019installation d\u2019une petite cr\u00e8che ; ce soir l\u00e0 nous avons chant\u00e9 la Paix de No\u00ebl et apr\u00e8s avoir re\u00e7u chacun un petit jouet ou un livre, nous sommes descendus au sous-sol o\u00f9 nos lits \u00e9taient dress\u00e9s \u00e0 cause des \u00e9v\u00e8nements et nous nous sommes endormis ; les parents veillaient, pr\u00eats \u00e0 nous emmener \u00e0 l\u2019abri si besoin \u00e9tait.<\/p>\n<p>+++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++<\/p>\n<p>1 ) La m\u00e8re de la narratrice avait connu l&#8217; Angleterre \u00e9tant enfant : pendant la 1\u00e8re guerre mondiale , les membres de sa famille , en tant que r\u00e9fugi\u00e9s belges, y avaient \u00e9t\u00e9 bien accueillis .\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 2 ) Dans ce mus\u00e9e arch\u00e9ologique, on voit entre autres curiosit\u00e9s, un bas-relief\u00a0 montrant une &#8220;moissonneuse-batteuse&#8221; gauloise (repr\u00e9sent\u00e9e aussi ailleurs,) elle ressemble \u00e0 un grand peigne mont\u00e9 sur roues ; au lieu d&#8217;\u00eatre tir\u00e9e, elle\u00a0 \u00e9tait pouss\u00e9e par un cheval ou un boeuf :\u00a0les grains de bl\u00e9, surtout de l&#8217;\u00e9peautre, tombaient\u00a0entre les dents du peigne et de l\u00e0 dans un coffre. Les troupes romaines de la r\u00e9gion du Rhin avaient de gros besoins en bl\u00e9.<br \/>\nIci comme ailleurs, de telles pierres sculpt\u00e9es, furent utilis\u00e9es \u00e0 la h\u00e2te pour renforcer les remparts de la ville au temps des grandes invasions germaniques .<\/p>\n<p>+++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++<\/p>\n<p>La narratrice belge qui a \u00e9crit &#8220;Keep smiling,&#8221; ayant \u00e9pous\u00e9 l&#8217;auteur de ce blog, \u00e0 v\u00e9cu surtout en Touraine ; elle a donn\u00e9 le jour \u00e0 quatre enfants; avant son mariage, elle a \u00e9t\u00e9 membre des Jeunesses Musicales ;\u00a0 \u00e9tant pass\u00e9e par l&#8217;Ecole du Louvre, elle a travaill\u00e9 au\u00a0 mus\u00e9e belge de Mariemont , puis a r\u00e9organis\u00e9 les collections du mus\u00e9e de Loches; elle a fait le cat\u00e9chisme, a pris part \u00e0 l&#8217;accueil des \u00e9tudiants \u00e9trangers venus \u00e0 Tours apprendre le fran\u00e7ais;\u00a0 elle\u00a0 s&#8217;est\u00a0 passionn\u00e9e pour la civilisation de la Chine ancienne ; elle a particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction des Cahiers du Studio, cin\u00e9ma o\u00f9 le public est invit\u00e9 \u00e0 ne pas \u00eatre seulement spectateur mais aussi \u00e0 discuter des films. Eprise de beaut\u00e9, elle a fait partager son enthousiasme pour le tissage, l&#8217;aquarelle, la peinture d&#8217;ic\u00f4nes, le patchwork qu&#8217;elle a enseign\u00e9 dans le club qu&#8217;elle a cr\u00e9\u00e9; chaque semaine, elle a r\u00e9uni ses &#8220;copines&#8221; &#8211;des femmes souvent seules&#8211; \u00e0 qui elle demandait d&#8217;illustrer un th\u00e8me; elle a distribu\u00e9 des colis alimentaires \u00e0 des n\u00e9cessiteux avec une \u0153uvre d&#8217;entraide (St Vincent de Paul)\u00a0 qu&#8217;elle \u00e0 dirig\u00e9e plusieurs ann\u00e9es. Elle est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&#8217;une infection et du coronavirus le 1er Janvier 2021.<\/p>\n<p>Elle pensait que ses souvenirs \u00e9voqu\u00e9s dans &#8220;Keep smiling&#8221; (le seul texte d&#8217;elle qui figure dans ce blog) n&#8217;int\u00e9resseraient que ses proches; son mari en a jug\u00e9 autrement.<\/p>\n<p>++++++++++++++++++++<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(La narratrice belge revisite Arlon o\u00f9 elle a v\u00e9cu adolescente\u00a0 au temps de l&#8217;Occupation ) &#8220;Septembre 1994 Arriv\u00e9e dans cette ville, mythique pour moi ; je ne reconnais presque plus rien. Ma \u00ab recherche du temps perdu \u00bb aurait d\u00fb se poursuivre dans ma t\u00eate. Dans mes insomnies, pour trouver un certain apaisement et parvenir &hellip; <a href=\"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/?page_id=2356\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Keep smiling !<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-2356","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2356","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2356"}],"version-history":[{"count":34,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2356\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2765,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/2356\/revisions\/2765"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2356"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}