{"id":143,"date":"2013-07-06T16:32:20","date_gmt":"2013-07-06T16:32:20","guid":{"rendered":"http:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/?page_id=143"},"modified":"2022-09-29T14:06:37","modified_gmt":"2022-09-29T14:06:37","slug":"histoire-aux-trois-quarts-vraie-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/?page_id=143","title":{"rendered":"Des chevaux et des hommes"},"content":{"rendered":"<p>L&#8217;histoire de mon s\u00e9jour chez mes amis berrichons, les de T&#8230;, commen\u00e7a par une panne m\u00e9canique toute b\u00eate. Alors que je venais d&#8217;informer Maxime et Gabrielle de T&#8230; des r\u00e9sultats encourageants de nos recherches sur les O.G.M. \u00e0 l&#8217;I.N.R.A., et que je m&#8217;appr\u00eatais \u00e0 laisser les deux \u00e9poux sur le perron de leur petit ch\u00e2teau pour mettre le cap sur le Rouergue, ma Ford Mustang, d&#8217;\u00e2ge canonique il est vrai, fit un caprice de star : elle refusa de d\u00e9marrer ; j&#8217;en fus, vous vous en doutez, tr\u00e8s vex\u00e9. Que faire ? En cet \u00e9trange mois de mai 2015, on se serait cru en novembre, brouillasse et vent froid d\u00e8s seize heures. Maxime me fit remarquer avec le sourire que le r\u00e9parateur automobile le plus proche, \u00e0 15 kilom\u00e8tres m de l\u00e0, n&#8217;allait pas se d\u00e9placer pour mon v\u00e9hicule avant le lendemain matin ; puis je parlai d&#8217;auberge et les deux \u00e9poux se r\u00e9cri\u00e8rent :\u00a0\u00ab Ah, non ! non ! Vous n&#8217;y pensez pas ! Vous allez d\u00eener avec nous et nous passerons la soir\u00e9e au coin du feu !\u00a0\u00bb\u00a0Vous devinez la suite : tout, depuis leur cordiale simplicit\u00e9 jusqu&#8217;au feu de b\u00fbches dans leur s\u00e9jour, acheva de me convaincre. Et de fait, apr\u00e8s un repas &#8220;\u00e0 la fortune du pot&#8221; comme on dit, mais fort savoureux, on se retrouva devant une bonne flamb\u00e9e pour une soir\u00e9e \u00e0 l&#8217;ancienne. (Devant un bon feu, qui ne se sent pas tr\u00e8s \u00e0 l&#8217;aise ? moi, je me sens le fr\u00e8re de nos anc\u00eatres du pal\u00e9olithique&#8230; il est vrai que je venais de traverser le Grand Pressigny, c\u00e9l\u00e8bre pour ses silex taill\u00e9s et autres &#8220;livres de beurre&#8221;&#8230;)<br \/>\nNotre conversation ce soir-l\u00e0\u00a0porta sur cette province assez secr\u00e8te mais \u00e9tonnante qu&#8217;est le Berry ; et de l\u00e0, elle en vint \u00e0 l&#8217;histoire du ch\u00e2teau qui m&#8217;accueillait. Ce qui amena Maxime de T&#8230;\u00e0 nous faire ce r\u00e9cit :<\/p>\n<p>\u00ab On ne saurait comprendre cette histoire sans se reporter \u00e0 1815, au retour en France de Louis XVIII apr\u00e8s Waterloo. Nos manuels d&#8217;histoire mentionnent la Charte,\u00a0les app\u00e9tits et l&#8217;aveuglement des \u00e9migr\u00e9s revenus au pays, les mesures impopulaires. Mais disons que le gouvernement d&#8217;alors essaya de redonner \u00e0 la France son rang. Songez que Talleyrand en \u00e9tait. On s&#8217;aper\u00e7oit alors, entre autres choses, que notre \u00e9conomie a pris beaucoup de retard dans un domaine particulier\u00a0: l&#8217;am\u00e9lioration de la race chevaline. En France, les chevaux (omnipr\u00e9sents) sont vigoureux, ils tirent\u00a0de\u00a0lourdes charges apr\u00e8s avoir tir\u00e9 des canons, mais la France n&#8217;a pas, contrairement \u00e0 l&#8217;Angleterre, de coursiers au corps fin et \u00e9l\u00e9gant, si pris\u00e9s par les cavaliers ni de petits chevaux rapides convenant \u00e0 des voitures l\u00e9g\u00e8res .<\/p>\n<p>Apr\u00e8s enqu\u00eate le gouvernement d\u00e9cide donc d&#8217;envoyer au Proche Orient une petite exp\u00e9dition ; elle naviguera jusqu&#8217;\u00e0 un port de l&#8217;empire ottoman, et l\u00e0, ach\u00e8tera des \u00e9talons et des juments pour les haras fran\u00e7ais L&#8217;exp\u00e9dition quitte Marseille, cingle vers l&#8217;Est et arrive \u00e0 bon port . Dans la ville vivent quelques familles fran\u00e7aises ; le chef de l&#8217;exp\u00e9dition remarque parmi celles-ci un jeune homme d&#8217;une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es, tr\u00e8s \u00e9veill\u00e9 et connaissant manifestement le pays ; un courant de sympathie s&#8217;\u00e9tablit tr\u00e8s vite entre eux ; il pose la question au jeune : serait-il dispos\u00e9 \u00e0 servir de guide et d&#8217;interpr\u00e8te pour ses compatriotes ? Le jeune accepte ; mais il pr\u00e9vient qu&#8217;il faudra compter plusieurs jours de marche \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des terres, dans une r\u00e9gion accident\u00e9e et qui n&#8217;est pas des plus s\u00fbres. C&#8217;est l\u00e0, chez les b\u00e9douins du d\u00e9sert, leur dit-il, que sont les plus beaux chevaux .<\/p>\n<p>Guid\u00e9e par le jeune homme, la petite troupe arm\u00e9e se met en marche, franchit des collines, puis de la moyenne montagne, puis une r\u00e9gion caillouteuse et surtout d\u00e9sertique. Enfin appara\u00eet un campement de b\u00e9douins. La groupe s&#8217;en approche; des gens qui ont l&#8217;air pauvres, farouches, certains avec des mines effrayantes. Le jeune homme rappelle \u00e0 ses compagnons les r\u00e8gles \u00e0 observer, et notamment de ne marquer aucune impatience, si les n\u00e9gociations leur paraissent durer plus que de raison\u00a0. Ces b\u00e9douins, semble t il, appr\u00e9cient qu&#8217;un de leurs visiteurs parle leur langue ; la petite troupe des Fran\u00e7ais est invit\u00e9e \u00e0 s&#8217;asseoir \u00e0 l&#8217;ombre d&#8217;une tente ; bient\u00f4t les chevaux sont amen\u00e9s, des b\u00eates ardentes, magnifiques. Nos compatriotes, \u00e0 d\u00e9faut de comprendre les d\u00e9tail des pourparlers, se doutent qu&#8217;apr\u00e8s la tasse de caf\u00e9, les compliments et les consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales, une discussion s&#8217;engage sur l&#8217;essentiel : le prix demand\u00e9 ; le ton des deux c\u00f4t\u00e9s devient plus \u00e2pre, tout le monde ressent la tension ; cela para\u00eet interminable, mais que faire sinon patienter? Enfin il est manifeste que le march\u00e9 est conclu. Les \u00e9talons sont amen\u00e9s, chacun avec un licol est remis aux acqu\u00e9reurs qui paient, heureux de se d\u00e9tendre les jambes.<\/p>\n<p>Une demi-heure\u00a0plus tard, sur le chemin du retour, quand le campement b\u00e9douin semble s&#8217;\u00e9loigner dans le lointain, un membre de l&#8217;exp\u00e9dition traduit l&#8217;impression g\u00e9n\u00e9rale en s&#8217;exclamant :\u00a0\u00ab Ouf ! affaire faite ! on se sent soulag\u00e9s ! \u00bb \u00ab Hum !\u00bb fait le jeune guide avec un petit rire, \u00ab d\u00e9trompez-vous ; le danger est \u00e0 son maximum ! Maintenant qu&#8217;ils nous ont vendu les chevaux, \u00e0 quoi vont-ils s&#8217;amuser, croyez-vous ? \u00e0\u00a0nous les reprendre, pardi ! \u00a0A partir de maintenant, nous avons int\u00e9r\u00eat \u00e0 marcher, fusils charg\u00e9s, sans arr\u00eat, jour et nuit.\u00bb<strong>.<\/strong><\/p>\n<p><strong>L<\/strong>es dires du jeune homme se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent exacts : le lendemain, la petite troupe des Fran\u00e7ais fut soudain prise sous un feu nourri ; seulement la riposte fut imm\u00e9diate et proportionn\u00e9e : si les assaillants avaient compt\u00e9 sur l&#8217;effet de surprise, ils durent \u00eatre d\u00e9\u00e7us ; l&#8217;\u00e9change de coups de feu cessa bient\u00f4t. Par la suite, le retour se d\u00e9roula sans encombre .<\/p>\n<p>Comme la petite caravane approchait de la M\u00e9diterran\u00e9e, les langues se d\u00e9li\u00e8rent : \u00ab Dites-moi ,\u00bb demanda-t-on au jeune h\u00e9ros: &#8221; comment expliquez-vous ce jeu o\u00f9 l&#8217;on cherche \u00e0 reprendre \u00e0 coups de fusil la chose vendue ? Nos b\u00e9douins cherchaient-il \u00e0 se distraire, \u00e0 rompre la monotonie de la vie au d\u00e9sert ?\u00a0 \u00a0Et comment\u00a0 saviez-vous qu&#8217;ils allaient nous attaquer? \u00bb \u00ab Ah, \u00e7a \u00bb r\u00e9pondit-il, \u00ab c&#8217;est leur drame. Cette tribu est pauvre mais n&#8217;est pas plus malhonn\u00eate qu&#8217;une autre ; son malheur, c&#8217;est d&#8217;\u00eatre tomb\u00e9e sous la coupe d&#8217;un chef que l&#8217;on dit fourbe et sans scrupules \u00bb<\/p>\n<p>Une fois les chevaux embarqu\u00e9s sur le navire fran\u00e7ais, le commandant\u00a0 de l&#8217;exp\u00e9dition s&#8217;adressa au jeune homme : \u00ab Il va \u00eatre l&#8217;heure de nous s\u00e9parer, et comme chacun ici, j&#8217;en serai triste. Nous avons appr\u00e9ci\u00e9 votre connaissance du pays et des gens, et surtout vos qualit\u00e9s humaines&#8230; Vous nous avez rendu un fier service&#8230;J&#8217;ai une proposition \u00e0 vous faire : si vous n&#8217;avez pas trop d&#8217;attaches ici, venez avec nous en France. A Paris, je me flatte de conna\u00eetre des gens haut plac\u00e9s qui, je pense, sauront r\u00e9compenser vos m\u00e9rites .\u00bb<\/p>\n<p>Quelques semaines plus tard, notre jeune fut pr\u00e9sent\u00e9 au roi Louis XVIII et \u00e0 un ministre qui le f\u00e9licit\u00e8rent et l&#8217;assur\u00e8rent de leur gratitude. De m\u00eame que Napol\u00e9on aimait marier ses officiers les plus brillants \u00e0 des jeunes filles de l&#8217;ancienne noblesse, Louis XVIII ennoblit le jeune expatri\u00e9 et se plut \u00e0 le marier \u00e0 une jeune orpheline du Berry&#8230; \u00ab Le ch\u00e2teau o\u00f9 vous \u00eates notre h\u00f4te\u00a0ce soir faisait partie de la dot.\u00bb\u00a0\u00a0Ici, Maxime de T&#8230; marqua un temps d&#8217;arr\u00eat, puis ajouta : &#8230; \u00ab\u00a0et vous avez devant vous le descendant de ces jeunes mari\u00e9s de 1818 !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;histoire de mon s\u00e9jour chez mes amis berrichons, les de T&#8230;, commen\u00e7a par une panne m\u00e9canique toute b\u00eate. Alors que je venais d&#8217;informer Maxime et Gabrielle de T&#8230; des r\u00e9sultats encourageants de nos recherches sur les O.G.M. \u00e0 l&#8217;I.N.R.A., et que je m&#8217;appr\u00eatais \u00e0 laisser les deux \u00e9poux sur le perron de leur petit ch\u00e2teau &hellip; <a href=\"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/?page_id=143\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Des chevaux et des hommes<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-143","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/143","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=143"}],"version-history":[{"count":53,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/143\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2988,"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/143\/revisions\/2988"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=143"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}