{"id":1163,"date":"2018-07-19T16:26:09","date_gmt":"2018-07-19T16:26:09","guid":{"rendered":"http:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/?page_id=1163"},"modified":"2023-07-25T10:12:23","modified_gmt":"2023-07-25T10:12:23","slug":"1163-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/le-moulin-a-poivre.fr\/?page_id=1163","title":{"rendered":"Escapades  &#8211; 3\u00e8me histoire vraie"},"content":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s de longues h\u00e9sitations, je choisis d&#8217;intituler ce r\u00e9cit &#8220;Histoire vraie&#8221;. Certes beaucoup de d\u00e9tails manquent, on est dans le flou ; mais \u00e0 l&#8217;origine de cette histoire, un fait brut, incontestable : en 1941, l&#8217;excursion de Suzanne, notre m\u00e8re, en 1941, avec ses quatre enfants, \u00e2g\u00e9s respectivement de 17,15,13 et 9 ans, de Bordeaux \u00e0 Lacanau (env.60 km,) pendant la belle saison. En ce temps o\u00f9 Bordeaux \u00e9tait occup\u00e9 par les Allemands et o\u00f9 l&#8217;aviation anglaise y bombardait de temps en temps la base des sous-marins de la Kriegsmarine, il y avait peut-\u00eatre quelques risques \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans la zone du littoral, qui devait \u00eatre militaris\u00e9e et surveill\u00e9e. Les\u00a0 \u00ab touristes \u00bb que nous \u00e9tions auraient pu \u00eatre refoul\u00e9s ou, pire, soup\u00e7onn\u00e9s de proc\u00e9der \u00e0 des rep\u00e9rages, ou que sais-je encore ?&#8230;Maman s&#8217;\u00e9tait-elle renseign\u00e9e sur ces risques? Je n&#8217;en sais rien\u00a0 (Peut-\u00eatre se dit-elle que les habitants de Lacanau-ville n&#8217;avaient pas \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s de chez eux et qu&#8217;ils\u00a0 pouvaient circuler sur leur commune, alors pourquoi pas elle ?)\u00a0 Outre une certaine t\u00e9m\u00e9rit\u00e9, il lui fallut une forte envie de bouger et une grande endurance pour voyager en tram, puis en train, de la gare St Louis de Bordeaux \u00e0 la gare de Lacanau-ville, avec quatre gosses ; ce, pour un s\u00e9jour de quelques heures,\u00a0 &#8212; comprenant certainement un pique-nique,&#8211; et suivi d&#8217;un retour.<\/p>\n<p>(Voyage piment\u00e9 par une d\u00e9convenue que me signale ma s\u0153ur a\u00een\u00e9e : \u00ab A Bordeaux, nous n&#8217;avons pas pu prendre le train de Lacanau-Oc\u00e9an, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 parti ; apr\u00e8s un moment d&#8217;h\u00e9sitation, nous nous sommes d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 prendre le train de Lacanau-ville, qui s&#8217;arr\u00eatait \u00e0 une douzaine de km de Lacanau-Oc\u00e9an,\u00a0 ce qui nous obligea \u00e0\u00a0 faire une marche cons\u00e9quente pour rejoindre notre ch\u00e8re plage. Nous n&#8217;avons vu, je crois bien, aucun Allemand au cours de notre \u00e9quip\u00e9e&#8230;. Il me semble, &#8212; mais c&#8217;est un peu vague dans ma t\u00eate,&#8211;\u00a0 qu&#8217;un Landais avec sa charrette et sa mule, nous prit en piti\u00e9 et nous avan\u00e7a de 2 ou 3 km .. A moi aussi c&#8217;est un de mes meilleurs souvenirs d&#8217;enfance.\u00bb)<\/p>\n<p>Maman \u00e9tait encore assez jeune (45 ans,) d&#8217;un caract\u00e8re enjou\u00e9, et surtout elle devait \u00eatre \u00e0 l&#8217;\u00e9coute de ses enfants. Il faut dire qu&#8217;en 1936, l&#8217;achat par mon p\u00e8re de St G., grand domaine au Sud de Bordeaux, avait mis fin \u00e0 la location des villas et aux s\u00e9jours \u00e0 Lacanau-Oc\u00e9an ; du jour au lendemain, les enfants avaient \u00e9t\u00e9 sevr\u00e9s de mer, d&#8217;o\u00f9 une furieuse envie d&#8217;aller revoir, entendre, humer et toucher l&#8217;Atlantique, sa Majest\u00e9 l&#8217;Oc\u00e9an ; envie que leur m\u00e8re devait ressentir elle aussi .<\/p>\n<p>Si notre p\u00e8re, L.S., avait \u00e9t\u00e9 alors chez lui aupr\u00e8s de sa femme et de ses enfants, il est \u00e0 peu pr\u00e8s certain qu&#8217;il aurait jug\u00e9 cette id\u00e9e tout \u00e0 fait folle ; il \u00e9tait trop raisonnable, trop conscient de ses responsabilit\u00e9s et, je crois, un peu enclin au pessimisme. Mais il n&#8217;eut pas l&#8217;occasion de s&#8217;opposer : il \u00e9tait absent de Bordeaux ; il venait d&#8217;\u00eatre promu \u00e0 un nouveau poste de direction \u00e0 Poitiers ; l\u00e0 il devait se mettre au travail, rencontrer nombre de gens, \u00e0 commencer par ses subordonn\u00e9s et, avec l&#8217;aide de son administration, trouver pour sa famille un logement d\u00e9cent &#8212; rude t\u00e2che avec la crise du logement !<\/p>\n<p>Maman \u00e9tait donc \u00e0 ce moment-l\u00e0 chef de famille de facto. Cette situation lui \u00e9tait famili\u00e8re : jusque-l\u00e0, Papa devait travailler pour le cadastre, souvent en ext\u00e9rieur, en Gironde et dans les d\u00e9partements limitrophes, il n&#8217;\u00e9tait pr\u00e9sent \u00e0 Bordeaux que quelques jours chaque semaine. Il est \u00e0 peu pr\u00e8s certain que Suzanne prit cette initiative \u00e0 l&#8217;insu de son mari. (De plus, la perspective d&#8217;aller habiter Poitiers, de s&#8217;\u00e9loigner encore plus de ses amies et de ses ch\u00e8res Pyr\u00e9n\u00e9es , devait la chagriner.)<br \/>\n.<br \/>\nPour ma part je n&#8217;ai pas en m\u00e9moire de d\u00e9tails pr\u00e9cis. La seule chose certaine, c&#8217;est que notre escapade se d\u00e9roula sans encombre et sous un beau soleil. Il est vraisemblable tout de m\u00eame que la joie du petit groupe fut assombrie par des sensations plus ou moins tristes ou m\u00eame angoissantes : petits et grands durent \u00eatre sensibles \u00e0 l&#8217;\u00e9tat d&#8217;abandon des b\u00e2timents, au silence des rues envahies par le sable et au grand vide sur la plage. Impossible d&#8217;oublier la guerre.<\/p>\n<p>Notre p\u00e8re, s&#8217;il fut mis au courant de cette \u00ab folie,\u00bb\u00a0 le fut apr\u00e8s coup, mis devant le fait accompli, comme on dit. Bien s\u00fbr, nous, les quatre gosses, n&#8217;avons jamais su comment il prit la chose. S&#8217;il y eut des \u00e9clats de voix, ils ne parvinrent pas \u00e0 nos jeunes oreilles.<\/p>\n<p>Cette escapade \u00e0 la mer, maintenant j&#8217;y pense de temps en temps ; ce fut un grand moment qui marqua notre enfance. Que nous en ayons oubli\u00e9 les d\u00e9tails concrets, qu&#8217;importe ? L&#8217;essentiel, c&#8217;est cette manifestation de l&#8217;amour maternel et la joie et le bonheur que son souvenir nous apporta. Nous ne f\u00eemes sans doute que nous tremper les pieds dans l&#8217;eau ce jour-l\u00e0, certes ; mais ce fut un des plus beaux cadeaux que nous offrit jamais notre m\u00e8re.<\/p>\n<p>++++++++<\/p>\n<p>Chose \u00e9trange : une escapade aussi, &#8220;mais dans des circonstances bien plus dramatiques,&#8221; me dit mon \u00e9pouse, eut lieu vers la fin de la guerre, dans sa famille qui habitait Arlon. Son p\u00e8re, L\u00e9on, y \u00e9tait directeur de banque. En ce temps-l\u00e0, les r\u00e9sistants belges intensifiaient leurs actions sur le r\u00e9seau ferr\u00e9, l&#8217;occupant allemand \u00e9tait tr\u00e8s nerveux. Cependant la m\u00e8re de ma femme, tr\u00e8s d\u00e9sireuse d&#8217;aller revoir ses parents \u00e0 Charleroi, prit le train d&#8217;Arlon \u00e0 Charleroi avec ses trois enfants \u00e0 qui elle voulait donner des vacances ; ils y arriv\u00e8rent apr\u00e8s un voyage fatigant, compliqu\u00e9 par des correspondances. Sur ce, L\u00e9on, qui, par son r\u00e9seau de r\u00e9sistants, \u00e9tait tenu au courant des actions des \u00ab terroristes \u00bb sabotant les voies ferr\u00e9es belges, fut saisi d&#8217;inqui\u00e9tude ; il adressa \u00e0 sa femme \u00e0 Charleroi ce t\u00e9l\u00e9gramme: &#8220;Cessez folle \u00e9quip\u00e9e. Revenez imm\u00e9diatement.&#8221;\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Aainsi fut fait ; ce message est souvent cit\u00e9 dans ma belle-famille ; il appartient \u00e0 son patrimoine<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>+++++++++++++++++++++<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s de longues h\u00e9sitations, je choisis d&#8217;intituler ce r\u00e9cit &#8220;Histoire vraie&#8221;. 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