Présentateurs de bulletins météo

« Si vous me demandiez comment annoncer à la télé le temps qu’il fera dans les jours prochains, je vous répondrais : inspirez-vous  du conseil donné autrefois par La Bruyère: « Vous voulez dire qu’il pleut ? Dites : « Il pleut.»  Soyez  précis, bref, objectif : qualités de tout bon journaliste, me direz-vous.

Les présentateurs météo, à la télé,(souvent des présentatrices aujourd’hui) savent que leur bulletin (de 4 ou 5 minutes seulement,)  est attendu et suivi par des myriades de téléspectateurs : ce doit être pour eux un motif de grande fierté, d’autant  que leurs prévisions sont nettement plus fiables qu’avant, grâce aux photos qu’envoient les satellites ; les lettres d’«engueulade» doivent être plus rares. Puisque j’ai mentionné les photos, disons qu’elles permettent de produire des cartes très parlantes –et là, TF1 l’emporte nettement sur la concurrence, Evelyne Déliat et Louis Bodin aidant .

Par ailleurs, il y a  quelques aspects ingrats dans le boulot de ces journalistes : nous mettre en garde contre les risques saisonniers qui vont du brouillard au verglas, des avalanches aux pluies diluviennes, de la grêle à la prolifération des algues toxiques, sans parler des allergies et des risques que présente une  exposition prolongée au soleil en été — enfin, nous informer du degré de pollution de notre planète, donc nous enseigner l‘écologie! Et pour couronner le tout, une mission impossible : nous alerter…sans trop ajouter à la sinistrose ambiante.

Il se peut que, pour toutes ces raisons, certains membres de la  profession souffrent de leur rôle ; ils aimeraient tant être aimés du public ! de plus, ils connaissent le risque de monotonie qui guette leur 4 minutes de prestation jour après jour ; aussi y mettent-ils volontiers quelques ingrédients … tout à fait étrangers à l‘état du ciel .

La plupart misent sur leur élégance, leur élocution aisée, leur compétence  et une bonne humeur qui, espèrent-ils, sera communicative.

Un présentateur extraordinairement populaire fut dans le passé (de 1981 à 1999) Alain Gillot-Pétré qui, au delà de la bonne humeur, aimait rire et faire rire. Ce journaliste aux allures de dandy, plusieurs fois primé, avait tâté de la culture, de la politique, de la science de la Terre (les cyclones le passionnaient.) L’introduction d’une nouvelle technique — l’image satellitaire — pimenta encore son spectacle. Avec ses yeux vifs, ses propos malicieux, (parfois un peu lestes), sa pochette, dont la couleur était censée s’accorder avec le temps du lendemain, « l’homme le plus regardé de France » faisait régner sur sa prestation une aimable extravagance qu’on pouvait prendre pour de la décontraction ou pour de l’improvisation. (Erreur!). Il était facétieux mais compétent ; en ce sens-la, ce n‘était pas un rigolo. Il présenta plus de 9000 bulletins jusqu‘à ce qu’il fût emporté par un cancer, hélas, le 31 décembre 1999 à l’âge de 49 ans .

Comment agrémentait-il sa prestation ?  Par un vocabulaire très varié et pittoresque : il parlait d’une écharpe de nuages, d’une perturbation qui moulinait au dessus de nos têtes  ou il la comparait à une  grosse tartine, etc Humoriste, il avait aussi du cœur : un jour il gratifiait d’un compliment une présentatrice du journal télévisé (Christine Ockrent) en lui offrant un petit bouquet ;  Un autre jour, dans le studio, alors que, vêtu d’un costume de ville, il nous annonçait de la pluie, on le vit arrosé de la belle façon par une grosse averse — qui, on s’en doutait un peu, ne venait pas du ciel ; effectivement, la caméra ayant  légèrement pivoté, on aperçut quelques comparses perchés sur des escabeaux, arrosoirs en mains, jouant au nuage de pluie ; et Gillot, dégoulinant, de nous prendre à témoin d’un air consterné  : « Ah !  Voyez comme ils sont gamins ! » ( On a envie d’ajouter : « Ah! faire rire n’est pas à la portée de tout le monde ! »)

Nous avons eu, dans un tout autre genre, Michel Cardoze, grand amateur de poésie espagnole et sud-américaine. A la suite de ses bulletins météo, il nous donnait avec son accent rocailleux un nom de poète, puis nous citait un ou deux vers brefs et bien frappés, parfois sibyllins ou générateurs de rêve.
Michel Cardoze était-il populaire auprès de son public? Je ne sais ; il avait choisi d‘être original de façon un peu austère et de tirer les esprits vers le haut ; il lançait sa bouteille à la mer — bravement.

Ce qui me gêne, ce sont les prévisions météo qui nous annoncent un temps agréable, en entendant par là : un temps doux et sans pluie.
On a envie de poser au présentateur la question :« agréable ? pour qui ? »
Parler d’un « temps agréable, » c’est porter un jugement éminemment discutable : comment ne pas voir qu’un temps ensoleillé et sec peut convenir aux uns…tout en étant calamiteux pour les autres : agriculteurs, éleveurs, horticulteurs, forestiers, ramasseurs de champignons, d’herbes sauvages, d’escargots,…sans compter les citadins dont le cœur est à la campagne —ils sont de  plus en plus  nombreux.) Ah ! les bulletins météo qui, pendant une longue période de sécheresse, paraissaient aberrants au jardinier que je suis, et qui, dans le même temps, devaient désespérer un couple d’amis éleveurs de moutons : chaque soir, un personnage à l’air réjoui leur annonçait la continuation du « beau soleil »…alors que celui-ci brûlait leurs pacages et les plongeait dans la gêne et l’angoisse du lendemain !

(Exemple de parisianisme météo ? Probablement. Mais il faut signaler ici une évolution heureuse à la télé : depuis quelques années, la plupart des annonceurs météo nous font remarquer que, le niveau des nappes phréatiques étant ce qu’il est, la pluie sera la bienvenue. )

L’adjectif “agréable” ou, à l’extrême opposé, des remarques péjoratives telles que « le temps va se gâter», etc,  tout cela est à mettre dans le même sac(-poubelle.)  Oui, un tel discours est manichéen, simpliste, infantilisant ; il a la vie dure, malheureusement.
La tâche de la météo est essentiellement d’informer, d’informer TOUS les publics sans négliger aucune catégorie : il doit donc s’en tenir au langage objectif et dépouillé recommandé par La Bruyère, aller droit au but, ne pas prendre les téléspectateurs pour des attardés mentaux.
Notons qu’avec le dérèglement climatique, les mêmes téléspectateurs vont être de plus en plus exigeants, ils voudront être prévenus de la tempête ou de la chute de grêle ou des pluies diluviennes à venir dès les premiers symptômes inquiétants. Et là aussi la concision, l’exactitude seront très appréciées.

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