Promenade en mai

 

Moi , je vote OUI MAI ; dommage qu’il finisse
Le mai , le joli mai ; je voudrais tant qu’il dure
Tout l‘été , pourquoi pas ? et que Dame Nature
Nous éblouisse encor par ses feux d’artifice !

Si mai était plus long , levé avec le jour ,
Moi aussi , je crois bien , j’allongerais mes tours ;
J’irais par le sentier bordé de chèvrefeuille
Et d’aubépine en fleur , ça pique mais je cueille ;

Là , sans même franchir les murets mitoyens ,
J’irais sentir le lys , la rose et la glycine
Et bien d’autres beautés que l’abeille butine
Sur des rameaux fugueurs évadés des jardins ;

Si mai se prolongeait, en papillon volage ,
Je boirais la rosée qui perle les feuillages
Ou je bondirais par les prés comme un chevreau
Ou un petit gamin fêtant le renouveau !

Et j’aimerais revoir , flèche d’or dans le ciel ,
Le vol du loriot ciblant l’oeil du soleil ,
Siffleur et musicien , grand timide peut-être ,
Dont on nous dit , hélas , qu’il pourrait disparaître ;

Et j’aimerais revoir l’autre grand voyageur ,
Plus sociable , je crois , la huppe égyptienne,
Compagne du fellah dans la joie et la peine ,
Qui niche près d’ici comme aussi dans mon coeur ;

Et puis, la pente aidant , j’irais jusqu’au ruisseau ;
Comment ne pas rêver , assis au bord de l’eau ?
Là des poissons joueurs ont des concours de bulles
Et filent , décidées , les vives libellules ;

Les giboulées de mai conseillent le repli
Mais sous l’averse on voit des saynètes charmantes :
Martin-Pêcheur retournant d’urgence à son nid
Ou la loutre venant près de moi , confiante ;

Une brise chargée de fragrances sublimes
Me dit que rentrer maintenant serait un crime ;
Mais quoi !? Vais-je oublier l’ amour , l’amour des miens ?
Et la sagesse bienveillante des voisins ?

“On sème un peu de tout en ce mois si joli
Béni par les zéphyrs et la tiédeur de l’air ,
Où tout est plus léger , plus riant et plus vert
Où tout —ou presque tout — au jardin réussit;”

Oui , je devrais rentrer , car semer n’est pas tout ,
Mes semis , grands soiffards , réclament l’arrosage ;
Ainsi de mon congé de mai j’arrive au bout
Et le vent frais soudain me rappelle à l’ouvrage ;

Ciel ! j’allais oublier ! Fini mon escapade !
Ce soir , c’est convenu , j‘échange grâce au SEL
L’art de soigner son dos contre des pots de miel
Qui contiendront tous les parfums de ma balade ;

Ainsi je dois rentrer – et je coupe au plus court ,
Mais j’herborise encor ; ainsi cette journée
Où tant et tant de joies m’ont été accordées
Restera consignée parmi d’autres beaux jours .

Fin………non,pas tout à fait:

P.S. : En ce mois si charmant , parfois l’on se figure
Que bien des citadins assoiffés de nature
Se sentent en prison et voudraient s’abreuver
A la claire fontaine où jaillit la beauté ;

Hélas ! Vous y croyez ? Nos semblables souvent
Admirent la beauté , oui , mais sur leur écran ;
Il leur faut du sensass et du spectaculaire ;
Notre mai tourangeau ne les retiendrait guère.